Examens officiels

Quand des candidats paient pour avoir leurs résultats

Ils sont invités par des opérateurs à envoyer leurs matricules au 8070 pour être fixés sur leur sort. Une opération électronique qui coûte 150 Fcfa par message ou par minute d’appel.
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Des opérateurs de téléphonie mobile sont à l’offensive depuis quelques jours. Avec la haute saison des résultats des examens officiels, un message harmonisé est envoyé aux abonnés. « Baccalauréat général 2023 : Pour obtenir ton résultat, envoie ton matricule par sms au 8070 (150U/sms) ou appelle le 8070 (150U/min) ». Une opération lancée bien avant la publication des résultats par des voix classiques à savoir : par lecture à la radio nationale ou par affichage dans les différents centres d’examen.

Cette approche peu connue autrefois est désormais au centre de toutes les attentions. Aujourd’hui, la pression pousse les candidats à user tous les moyens à leur portée pour se rassurer : « Lorsque j’ai appris mardi que les résultats du baccalauréat technique étaient disponibles, j’ai envoyé le matricule de ma nièce à cinq reprises au 8070 via Mtn et Orange parce que je n’obtenais pas de réponse. Finalement, on m’a envoyé un message indiquant que le matricule était inconnu. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait du baccalauréat technique industriel. Ma nièce étant dans le commercial. Jeudi après la proclamation des résultats du baccalauréat général, nous (membres de la famille) avons également envoyé le matricule au 8070. Chacun voulait confirmer la nouvelle », explique Inès B.

L’instantanéité des résultats

Les candidats au baccalauréat de l’enseignement général sont fixés sur leur sort. Les « Admis » ne cessent de célébrer alors que les « Refusés » pleurent sans cesse. « C’est ça l’importance du numérique. L’instantanéité permet d’avoir une information en un laps de temps. L’époque où on lisait les longues listes pendant des heures et des heures est révolue. Il faut s’arrimer à la modernité et à son temps », se réjouit Alphonse Blaise Eloundou. Et de préciser avec un sourire aux lèvres : « C’est à partir du village que j’ai informé ma fille qu’elle a eu son Baccalauréat. Elle m’a juste envoyé son matricule et j’ai vérifié. C’est pratique ». Une fierté partagée par Yves Laurent Nono. « On ne peut rien faire aujourd’hui sans le numérique. A notre époque, il fallait allait au centre d’examen ou suivre la radio à des heures tardives, pour ceux qui en avaient d’ailleurs. Mon neveu n’a pas réussi malheureusement. Le système permet aux parents d’avoir aussi le contrôle et de trouver les mots justes en fonction du résultat pour l’enfant ».

Ce sentiment partagé n’enlève pas les réserves autour de ce système qui revêt un caractère économique important ; un « gros business » selon Brice Tsala, commerçant : « Je paie la scolarité de mes enfants ; je paie l’Apee et les frais d’examen pour payer encore en fin d’année pour obtenir les résultats de mes enfants. Je pense que c’est trop. On a trouvé une niche pour prendre encore l’argent aux parents. 150 Fcfa n’est pas une petite somme contrairement à ce que certains diront. Faites 150 Fcfa fois le nombre de candidats cette année et dites-moi. C’est incroyable ce qui se passe sous nos yeux ». Anne Marthe Ngo va dans le même sens et invite l’Etat à revoir ce prix ou de suspendre ce coût : « On ne saurait comprendre que l’Etat a qui nous faisons confiance cherche à nous ruiner à petit feu. Au marché, tout est cher. L’argent qu’on pouvait acheter le cube ou le sel pour préparer est utilisé pour payer le résultat de nos enfants. Pourtant, on a tout payé au cours de l’année scolaire ».

Des incompréhensions

Des récriminations qui fusent de toutes parts bien que certains reconnaissent l’importance de cette approche. Le Jour a contacté la responsable de la Communication du ministère des Enseignements secondaires qui nous a renvoyé à l’Office du baccalauréat du Cameroun (Obc). Ce numéro (8070) est en place depuis plus de 5 ans et le tarif n’a pas changé et est fixé par l’Agence de régulation des télécommunications (Art) nous indique une source à l’Obc. « L’office utilise juste un numéro qui lui est attribué. Il est géré par un prestataire. C’est un numéro à valeur ajoutée ; à ne pas confondre avec des numéros verts qui sont complètements gratuits. Ce n’est pas l’office qui gère le numéro court. L’office donne juste les informations qui sont exploitées ». Et de préciser : « Le candidat n’est pas obligé d’aller vers le numéro court. L’office publie ses résultats par au moins trois canaux : lecture au poste national, affichage dans les centres d’examen et puis de façon optionnelle, le candidat qui décide d’engager la démarche vers le numéro court, il va de son plein gré. Ce n’est pas une obligation ». La même source indique que le numéro court est né suite à la demande de la communauté éducative. C’est une réponse à ceux qui sont loin des centres d’examen ou ceux qui ne peuvent pas attendre tard dans la nuit pour suivre les résultats.

Cette approche informationnelle permet de générer beaucoup d’argent avec une grille de répartition connue des acteurs en présence. « D’après l’explication qui nous a été donnée, l’opérateur a ses frais, l’Art qui est le régulateur, a ses frais ainsi que le fisc… ». Avec le développement numérique, il est possible de mettre les résultats de manière simple et automatique à la disposition des candidats à travers une plateforme libre d’accès, martèle Franck Awono : « Quand un étranger va apprendre qu’on paie au Cameroun pour avoir des résultats du baccalauréat ça sonne mal à l’oreille. Je comprends l’idée derrière le projet. Mais on peut faire mieux en publiant simplement les résultats sur le site de l’Obc ou du Minesec. Ce n’est pas compliqué. A ce moment, chacun pourra consulter facilement ». La première option est en étude, selon une source interne à l’Obc.

Le taux de réussite au baccalauréat de l’enseignement général est passé de 75,73% soit 94 663 admis contre un taux de 65,94% en 2022 ; soit une évolution de plus d’environ 10%.

Solière Champlain Paka

Author: Solière Champlain Paka

Je suis un journaliste passionné par l'écriture et les métiers de la voix. L'humilité me permet d'apprendre, de comprendre et de partager le fruit de mes recherches sans restrictions. Mon éclectisme m'a conduit depuis plusieurs années maintenant, vers les questions Politiques, Culturelles, sportives ...

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« Faire voir, faire savoir, faire parler, faire comprendre » est le leitmotiv de ce journal qui insiste sur une information vérifiée, sourcée et documentée. Une large place est donnée à l’information économique et sportive. Un soin particulier est accordé aux portraits et le but final est d’apporter sa « patte » à l’écriture de « l’odyssée camerounaise ».

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