Elite One

Un championnat à hauts risques pour les joueurs

La programmation de ce championnat à un rythme effréné soulève plusieurs problématiques, dont celle de l’entrainement ; de leur alimentation de leur santé et même du financement des déplacements des clubs.
Un joueur secouru après sa blessure au cours d'un match du championnat (2)

L’on n’avait jamais vécu un tel championnat de football de première division que l’on qualifie à tort ou à raison de professionnel au Cameroun. La programmation d’une phase retour du championnat Elite One en un mois et au rythme d’un match tous les trois jours expose les acteurs directs que sont les joueurs, à des risques élevés. L’on est dans une situation où les organisateurs du championnat verront leurs objectifs atteints, avec des conséquences au niveau de la Caf, puisqu’on aura satisfait à l’exigence de présenter des clubs devant représenter le Cameroun aux compétitions africaines. Pourtant, les footballeurs verront leur santé détériorée et une durée de leur vie sportive réduite, selon les spécialistes.

Il y a un problème au niveau de l’entraînement, selon les spécialistes en physiologie du corps humain. On observe que 72 heures séparent deux rencontres. Pour que les joueurs tiennent ce rythme, il faudrait que leur préparation physique et technique soit au meilleur de leur niveau, après deux mois d’arrêt de championnat. « Au regard de l’arrêt du championnat, de la non régularité dans les séances d’entraînement et les compétitions, il serait difficile d’admettre que les effets de l’entraînement physique sur les muscles, les articulations, le cœur et le psychique aient été optimaux. L’une des conséquences de cette de cette préparation approximative sera : une baisse de niveau du championnat. Il est d’ailleurs reconnu que l’absence de bon résultat sportif chez les footballeurs en particulier, provoque l’apparition de la dépression et une envie de consommer des substances énergisantes », explique un spécialiste ayant requis l’anonymat.

Pour ce qui concerne l’alimentation des joueurs, il est clair que les joueurs qui évoluent au sein de ce championnat n’ont pas de suivi régulier. Chaque joueur mange comme il peut et ce qu’il voit. Et avec la longue trêve, il est probable que les revenus des joueurs ont baissé. En associant l’alimentation à l’entraînement, on constate que le joueur risque d’avoir des problèmes au niveau cardiaque, au niveau musculaire, au niveau articulaire, au niveau du cerveau, parce qu’il y a deux systèmes de communication dans l’organisme. La communication électrique où le système nerveux envoie des influx pour commander une action, genre : lève le pied, fais ceci vite. Le système nerveux envoie cet influx qui doit rouler vite. Et quand tu joues régulièrement et tu es fatigué, ça ne va pas vite. Et vous constatez que les joueurs qui cassent les autres, arrivent toujours en retard sur l’action, quand l’adversaire a déjà joué. Il vient et met le pied sur son tibia, tout simplement parce que la communication électrique est ralentie. Il y a la communication biochimique. Nous avons des glandes dans nos corps, qui secrètent des hormones, qui nous permettent de tenir. Ces deux communications seront bafouées et vous verrez que vers la 5ème ou 6ème journée, le championnat ne sera plus bon. On risque d’avoir beaucoup de blessés, beaucoup de mécontents à tous les niveaux », souffle notre source.

Quant à la santé des joueurs, il est prouvé que lorsqu’on ne fait pas du sport, ou quand on en fait en excès, la santé est mauvaise. La programmation des matches amènera les joueurs à basculer du côté des excès et par ricochet, une santé fragile. Ici, l’on insiste sur cette possibilité de fragilité au niveau du cœur et du cerveau. Les déplacements fréquents des équipes avec un enchaînement des matchs vont davantage épuiser les joueurs.

A.C

 

 

« Ce sont des rencontres de gala »

Pierre Ndjili Ndengue. L’instructeur en entraînement du football évalue et donne la technique du championnat Elite One dont la phase retour va se jouer en un mois.

La phase retour du championnat Elite One va se disputer en un mois, au rythme d’un match tous els 72h par club. Quelle peut être la valeur de ce championnat sur le plan technique ?

Avant de bien répondre à cette préoccupation, nous devons d’abord poser des préalables. C’est d’abord la non-application des sentences juridictionnelles que tout le monde connaît. Ça fait en sorte que le championnat qui n’est pas organisé par la Ligue de football professionnel est donc organisé par la Fécafoot et devient donc un championnat amateur. On ne peut plus parler de championnat professionnel. Ça, c’est sur le plan administratif. Sur le plan technique, il est très difficile de parler d’un championnat professionnel alors que les règles ne sont pas clairement établies. Qui va descendre ; qui va monter ; qui sera champion ; ainsi de suite. Les règles ne sont pas claires là-dessus. On a en plus les contrats fictifs des joueurs et entraîneurs. Les joueurs ne sont pas payés ; les entraîneurs souffrent. Au niveau de la structuration des clubs, il faut dire que les clubs n’ont pas de terrain propres. Ils ne peuvent donc pas s’entraîner comme la méthodologie dans l’entraînement du football professionnel exige. Cela signifie que nous ne sommes pas dans un football professionnel. Nous sommes dans une animation. Parler même du football amateur, c’est difficile. Les équipes vont jouer un match toutes les 72h pendant un mois. Pensez-vous que c’est humain, pour des joueurs qui ne sont pas payés, ne mangent pas, sans terrain d’entraînement ? Cela ressemble à de la blague. On fait vite pour avoir un champion bricolé, pour dire qu’on a terminé la saison. Pour moi, on ne saurait parler de football professionnel ; ni de championnat amateur. On ne peut parler que des rencontres où les gens s’amusent. Ce sont des rencontres de gala, compte tenu de ce qui précède. Il y a vraiment des prérequis pour parler d’une équipe professionnelle.

Que proposez-vous ? 

Je propose qu’il y ait une Charte de football professionnel au Cameroun, qui pourra résoudre tous ces problèmes. C’est une convention collective où rentrent en jeu tous les intervenants du football y compris le football amateur. Si le football amateur n’est pas « professionnel », comment peut-on avoir des joueurs du niveau professionnel au championnat dit professionnel. Prenons l’exemple des Européens et des Sud-américains qui jouent en ce moment ; on ne saurait les comparer leurs championnats à ceux du Cameroun. Je crois qu’on s’amuse. Il est grand temps de placer ceux qui peuvent sauver ce football-là, pour qu’on ait des lendemains meilleurs.

Il y a des risques avec les joueurs…

Attention ! Il y a deux ou trois ans, on a eu beaucoup de décès sur le terrain. Il faudra donc faire attention. J’espère qu’en jouant à ce rythme d’un match tous les trois jours, les organisateurs ont pensé à cela. Je ne souhaiterais pas que, quelque part, on perde un joueur, parce qu’ils se seront donnés à fond, alors qu’ils ne sont pas préparés pour ce type d’effort.

Vous qui êtes un instructeur en entraînement. Si un des entraîneurs formés par vous, vient demander comment manager une équipe en pareille situation, que lui conseillerez-vous ?

D’abord, je ne peux pas recevoir cet entraîneur-là, parce que c’est à eux de se révolter sur le terrain. C’est à eux de dire non à ce genre de situation. Mais, ils s’y complaisent. C’est comme si on parlerait à un esclave qui ne sait pas réagir. Vous le laisser dans son esclavage. Donc, il devrait d’abord dire que ce n’est pas possible qu’on joue un championnat de cette manière. Pourquoi veulent-ils que ce soit toujours moi qui prenne les flèches ? Maintenant, s’il m’arrivait de le faire, je crois qu’il faut faire beaucoup plus de la récupération au lieu de faire les entraînements. S’il n’y a pas la récupération, il risque de perdre les joueurs. Là, on ne peut plus parler d’entraînement. On ne peut travailler que des périodes de 30 a une heure de temps, pour essayer de s’occuper des joueurs.

Propos recueillis par A.C

 

Achille Chountsa

Author: Achille Chountsa

Passionné de sports et du travail bien fait

Achille Chountsa

Passionné de sports et du travail bien fait


Commenter

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont indiqués *


A Propos

Le jour est un quotidien d’informations générales fondé en 2007.
« Faire voir, faire savoir, faire parler, faire comprendre » est le leitmotiv de ce journal qui insiste sur une information vérifiée, sourcée et documentée. Une large place est donnée à l’information économique et sportive. Un soin particulier est accordé aux portraits et le but final est d’apporter sa « patte » à l’écriture de « l’odyssée camerounaise ».

NOUS CONTACTER

NOUS APPELER



Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez des infos exclusives.



    Catégories


    Achille Chountsa
    Author: Achille Chountsa

    Passionné de sports et du travail bien fait