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 Drame de Baloum : Derrière la loi du silence, l’onde de choc d’une vindicte populaire

Baloum

Dans cette localité de la Menoua, le silence des habitants contraste avec l’ampleur de l’émotion suscitée par l’immolation de deux jeunes hommes soupçonnés de vol. Tandis que l’enquête s’intensifie et que la justice multiplie les auditions, cette affaire met en lumière les fractures d’une communauté confrontée à la recrudescence de l’insécurité et aux dérives de la vindicte populaire.

Dans le groupement Baloum, au cœur de l’arrondissement de Penka-Michel, le nom de Steve Achille Diffo continue de susciter gêne et embarras. Dans les rues, les habitants se montrent peu loquaces dès que le sujet est évoqué par des étrangers. Sur les réseaux sociaux en revanche, l’affaire a pris une ampleur considérable depuis la diffusion de vidéos montrant les dernières heures de deux jeunes hommes décédés dans des circonstances particulièrement violentes le 5 juin dernier. Pendant plusieurs jours, les faits sont restés confinés à cette localité rurale de la Menoua. Mais la circulation d’images filmées par des témoins a provoqué une vague d’indignation à l’échelle nationale et relancé les interrogations sur les pratiques de justice populaire dans certaines communautés. Sur ces séquences largement relayées en ligne, l’on aperçoit notamment Steve Achille Diffo, présenté par plusieurs habitants comme un jeune artisan-chaudronnier âgé de 33 ans. Les images le montrent les mains attachées dans le dos au sein de la chefferie traditionnelle. Entouré d’une foule, il affirme ne pas être impliqué dans les faits qui lui sont reprochés et demande à ce que ses proches soient contactés. Quelques instants plus tard, selon les éléments qui circulent sur les réseaux sociaux et font désormais l’objet d’investigations judiciaires, à la Légion de gendarmerie de l’Ouest, les deux jeunes hommes auraient été victimes d’un lynchage avant d’être immolés. Leurs dépouilles ont ensuite été récupérées par leurs familles pour être inhumées. Le cas du compagnon de Stève est resté presqu’à l’oubli, à la demande de ses parents qui pensent être délivrés d’un enfant plus que têtu, chez qui le vol était devenu une seconde nature. Présenté comme un repris de justice, il n’a pas échappé à la fureur de la foule.

Un chef traditionnel au cœur de l’enquête

Interrogés, les locaux affirment sous couvert d’anonymat, qu’un climat d’insécurité persiste dans le village, avec notamment plusieurs cas de vol signalés au cours des derniers mois. S’ils sont nombreux à estimer qu’aucune circonstance ne saurait justifier que des personnes soient privées de leur droit à un procès équitable, ils soutiennent également que Steve Achille Diffo était régulièrement cité dans des affaires de vol. Incidemment, la démarche de sa génitrice viserait simplement à profiter de la résonance médiatique pour obtenir une réparation financière. Plusieurs de nos interlocuteurs n’ont pas hésité à décrire la victime comme un « danger régulier » pour la communauté. Bouteilles de gaz volées, plaques de cuisson revendues, feuilles de tôles arrachées et proposées aux fabricants locaux de marmites : le passif du jeune homme alimentait une exaspération sourde. Ces affirmations n’ont toutefois pas, à ce stade, été établies par une décision de justice. Les proches de la victime contestent pour leur part cette présentation et réclament que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame. L’évolution récente de la procédure judiciaire a contribué à replacer l’affaire au centre de l’actualité régionale. Dans les jours qui ont suivi la diffusion des vidéos, plusieurs personnes soupçonnées d’avoir participé aux événements ont été interpellées par des enquêteurs. Mais c’est surtout la mise en cause du chef supérieur de deuxième degré de Baloum, Sa Majesté Charly Constant Noussi Pokam, qui a retenu l’attention.

Selon des sources judiciaires, les familles des victimes ont déposé des plaintes visant plusieurs personnes, dont l’autorité traditionnelle. Les infractions visées dans le cadre de l’enquête incluent notamment des faits présumés d’assassinat, de complicité d’assassinat, de séquestration, de torture, de non-assistance à personne en danger et d’association de malfaiteurs. Le mardi 16 juin 2026, le commandant de la légion de gendarmerie de l’Ouest a diffusé un avis de recherche visant le chef supérieur, dans le cadre d’un mandat d’amener émis par le procureur de la République compétent. Selon Me Fabien Kengne, avocat suivant le dossier, l’intéressé s’est présenté aux autorités le lendemain. Après notification des faits qui lui sont reprochés, il a été placé à la disposition des enquêteurs, aux côtés d’autres personnes interpellées dans le cadre de la même procédure. À ce stade de l’enquête, aucune juridiction ne s’est encore prononcée sur sa responsabilité pénale. Comme les autres personnes mises en cause, il bénéficie de la présomption d’innocence.

Au-delà de Baloum, le défi de la vindicte populaire

Au domicile familial de Steve Achille Diffo, situé au centre urbain de Penka-Michel, l’émotion reste vive. Sa mère continue de réclamer que les responsabilités soient établies. Elle affirme également avoir subi des pressions visant à la dissuader de poursuivre les démarches judiciaires engagées après le décès de son fils. Ces allégations n’ont pas pu être confirmées de manière indépendante. Elles illustrent néanmoins le climat de tension qui entoure cette affaire dans une communauté où l’autorité traditionnelle conserve une forte influence sociale. Face à la sensibilité du dossier, les autorités ont renforcé leur présence dans plusieurs localités de l’arrondissement. Le 16 juin 2026, une opération de ratissage a notamment été menée à Penka-Michel. Plusieurs personnes ont été interpellées puis entendues dans le cadre des investigations en cours. Au-delà des responsabilités individuelles qui devront être établies par la justice, l’affaire relance le débat sur la persistance des actes de vindicte populaire dans certaines localités de l’Ouest. Dans plusieurs communautés, l’exaspération liée aux vols récurrents alimente un sentiment d’insécurité grandissant.

De nombreux résidents rencontrés évoquent une perte de confiance dans la capacité des institutions à sanctionner efficacement les auteurs d’infractions. « Beaucoup de personnes ont l’impression que les suspects reviennent rapidement dans les quartiers après leur arrestation », confie une habitante de Bansoa ayant récemment subi un vol. Pour autant, juristes et défenseurs des droits humains rappellent que la justice populaire demeure contraire à la loi et expose ses auteurs à de lourdes poursuites pénales. À Baloum, l’enquête se poursuit désormais sous le regard attentif de l’opinion publique. Au-delà du sort judiciaire des personnes mises en cause, cette affaire pose la question plus large de la lutte contre l’insécurité, de la confiance dans les institutions et de la place de l’autorité traditionnelle face aux exigences de l’État de droit.

Aurélien Kanouo


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