
À l’occasion d’une conférence organisée le 18 juin 2026 au salon Promote, la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) et les acteurs de la bourse régionale ont invité les femmes afin de les éduquer financièrement.
«En zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), les femmes sont les piliers du commerce de proximité, gérant au quotidien des micro-entreprises de vivres ou d’épices. Pourtant, selon le dernier recensement bancaire de la sous-région, près de trois quarts d’entre elles (75 %) restent totalement exclues du système bancaire classique», déplore les panélistes qui ont présidé la conférence sur le thème : « Du projet financier à la croissance : le marché au service de l’entreprenariat féminin». Un fossé creusé selon eux par des barrières culturelles tenaces et surtout un déficit aigu d’éducation financière. C’est pour pallier à ce problème structurel que la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique Centrale (Cosumaf) a choisi la vitrine de Promote 2026. Dans une salle où les hommes d’affaires étaient majoritaires, les responsables des structures de la finance sous-régionale à savoir la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac), des sociétés de gestion d’actifs et de bourse comme Harvest ou Makeda, ont partagé la table de discussion avec des chefs de PME et de nombreux étudiants venus décoder les rouages de la haute finance.
Lever des fonds en bourse : un droit, pas un privilège de l’âge
Contrairement aux idées reçues, le marché financier n’est pas réservé aux multinationales cinquantenaires. « Même une entreprise en création peut venir faire une levée de fonds à la bourse. Il ne suffit pas d’avoir 5 ou 6 ans d’existence réglementaire pour postuler », a rappelé Achirou Mohamadou, directeur des marchés Bvmac. Cependant, pour qu’une start-up ou une PME féminine puisse séduire les investisseurs, la trajectoire requiert de la méthode. Les sociétés de bourse ont ainsi formalisé une feuille de route en trois étapes incontournables. A savoir : s’éduquer financièrement, formaliser sa gestion pour devenir visible, et se familiariser avec les mécanismes de marché en commençant par y investir soi-même.
« L’éducation financière, c’est le pouvoir »
Prenant la parole au cours des échanges, une représentante d’une Société de bourse, a exhorté les femmes à s’approprier ce savoir. « Le grand mot de marché financier ou de bourse ne doit pas vous faire peur, mesdames. Vous faites déjà de la finance sans le savoir en gérant vos tontines et vos petits commerces », a-t-elle lancé. « Mais il est temps de mettre de l’ordre dans la maison. Votre argent personnel ne doit pas se confondre avec celui de l’entreprise. On ne paie pas la scolarité des enfants directement depuis la caisse du commerce. Il faut formaliser, noter chaque entrée et sortie, car la société de bourse aura besoin de voir votre histoire écrite dans des chiffres clairs » . Pour l’experte, l’enjeu va bien au-delà de la simple comptabilité : « l’éducation financière, c’est le pouvoir. Le pouvoir de ne plus dépendre uniquement des banques qui imposent souvent des taux d’intérêt exorbitants et étouffants à la longue ». Elle a ainsi encouragé les entrepreneures à se regrouper en associations pour mutualiser leurs forces et à souscrire à des Fonds Communs de Placement. Plus rentables que les comptes d’épargne classiques et hautement sécurisés, ces outils permettent de faire travailler le capital de manière autonome.
Le gendarme financier veille au grain
Face aux interrogations sur la sécurité de ces investissements, Salvador Mangue Ayingono, secrétaire général de la Cosumaf, a tenu à rassurer l’auditoire sur le rôle de régulateur de son institution. La Cosumaf, qui fait office de « gendarme » du marché financier de l’Afrique centrale a pour mission principale de réglementer, de contrôler et de veiller à la protection de l’épargne publique. C’est elle qui délivre les visas indispensables à toute opération de levée de fonds. « Nous sommes encore au niveau de l’éducation. Avant de faire passer les examens, on explique d’abord les concepts », a précisé le Secrétaire Général. « La Cosumaf s’occupe de la réglementation pour garantir que l’argent investi sur le marché financier soit garanti. Nous veillons à la stricte transparence. Aucun intermédiaire, qu’il vienne de la Cemac ou de l’étranger comme de l’Union européenne ne peut solliciter les épargnants camerounais sans l’agrément et le visa préalable de la Cosumaf. C’est la loi. Notre rôle ici est de mettre en relation les dames qui ont des projets viables avec ceux qui ont les moyens de les financer», rassure-t-il. Interrogé sur le nombre exact de femmes déjà accompagnées, le Secrétaire Général reconnait que les statistiques ne sont pas vraiment satisfaisants mais révèle que la dynamique est solidement enclenchée.
Hilary Sipouo





