
2025 est une année électorale marquée par la recrudescence des violations et le rétrécissement préoccupant de l’espace civique. Le Cameroun a traversé l’une des périodes les plus délicates de ces dernières années en matière de droits humains. C’est le constat dressé par l’ONG Un Monde Avenir dans son rapport annuel consacré aux violations des droits fondamentaux observées sur l’ensemble du territoire national. À travers un dispositif de suivi impliquant organisations de la société civile, journalistes et observateurs locaux, le document met en lumière une dégradation des libertés dans un contexte marqué par l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Selon le rapport, plus de 1 490 cas d’arrestations et de détentions arbitraires ont été recensés au cours de cette année. La plupart a été enregistrée dans les semaines ayant suivi la proclamation des résultats de l’élection présidentielle. Plus d’un millier de personnes auraient été interpellées à travers les dix régions du pays, parmi lesquelles plusieurs mineurs détenus dans des établissements pénitentiaires de Douala. Le rapport fait également état de nombreuses atteintes aux libertés d’expression, de réunion et de manifestation. Des réunions politiques ont été interdites, des responsables de partis d’opposition empêchés de se déplacer ou de tenir des rencontres avec leurs militants, tandis que des journalistes et défenseurs des droits humains ont fait l’objet de convocations, de poursuites ou de mesures restrictives. Dix-sept cas d’atteintes aux libertés publiques ont ainsi été documentés au cours de l’année. Sur le plan sécuritaire, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest demeurent les principaux foyers de violences. Les affrontements entre forces de défense et groupes armés non étatiques continuent de faire de nombreuses victimes civiles. Dans l’Extrême-Nord, les attaques attribuées à Boko Haram ont également provoqué des pertes humaines importantes. Le rapport recense au total 536 décès liés aux violences armées, dont 372 civils, 67 membres des forces de défense, 52 combattants de groupes armés et 45 éléments de Boko Haram. Les enlèvements demeurent une autre préoccupation majeure. Plus de 370 personnes ont été kidnappées au cours de l’année, principalement dans les régions anglophones et dans l’Extrême-Nord.
Les demandes de rançon, les exécutions sommaires et les attaques contre les populations civiles continuent d’alimenter un climat d’insécurité généralisée. Les droits économiques et sociaux ne sont pas épargnés. Le rapport relève plusieurs cas d’évictions forcées, de destructions de commerces à Douala et de retards de salaires affectant des centaines de travailleurs, notamment à la Semry de Yagoua. Des situations qui fragilisent davantage les conditions de vie des populations. Face à ce constat, Un Monde Avenir appelle les autorités camerounaises à renforcer la protection des libertés fondamentales, à lutter contre l’impunité et à garantir le respect des droits humains, particulièrement en période électorale. Pour l’organisation, la consolidation de l’État de droit demeure une condition essentielle pour préserver la paix sociale et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.





