Violences faites aux femmes : transformer les alertes en actions concrètes

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L’Ong AWEP a organisé le 24 septembre 2026 à Yaoundé un colloque national sur le féminicide. L’objectif était de comprendre les enjeux des violences afin de construire des solutions.

Le 25 décembre 2025 est un jour inoubliable pour Cécile Medjo Essomba. La jeune fille a vu sa vie basculée. Aujourd’hui, elle porte les séquelles des coups de manchette qui lui ont été assénés par son compagnon. << Nous étions en balade ce jour-là. A notre retour, il m’a accusée de choses que je ne reconnaissais pas. Je suis allée me coucher. Il m’a retrouvé dans la chambre et s’est mis à me frapper. Il  a saisi une bouteille, m’a frappée sur la tête. Il m’a ensuite poignardée avec un tesson sur la poitrine, les côtes >>, raconte la victime la voix nouée devant une assistance ahurie par le récit. Essayant d’échapper à son bourreau qui n’est autre que le père de ses deux enfants, elle va recevoir des coups de machette aux bras et aux pieds. Dans la vidéo projetée, la jeune fille est allongée sur un lit, les membres supérieurs et inférieurs bandées, le regard vide. Aujourd’hui, Cécile Medjo Essomba garde les séquelles physiques. De larges cicatrises sont visibles sur ses deux bras, elle a un plâtre sur son pied gauche et se déplace avec beaucoup de peine. Sur le plan émotionnel, le traumatisme est encore grand. Elle essaie de réorganiser sa vie avec ses enfants. Sur la même estrade, le Pr Fleur Nadine Ndjock, Adélaïde Molo, Félicité Béatrice Kitio ont également relaté chacune son histoire. Quatre femmes qui ont échappé aux violences de leurs conjoints. Elles sont des rescapées mais traînent des douleurs longtemps refoulées. Malheureusement, plusieurs autres femmes n’ont pas échappé aux coups de leurs bourreaux. On dénombre 73 femmes tuées depuis janvier  2026 au Cameroun selon une responsable du ministère de la Promotion de la femme et de la femme. Ces témoignages ont été rendus le 24 septembre dernier à Yaoundé. C’était à l’occasion du colloque national sur le féminicide. Une initiative de  l’Ong AWEP Cameroun.

Une responsabilité collective

Sous le thème : << Reconnaître les causes, Prévenir, Agir>>, ce colloque était une plateforme de réflexion de divers maillons en vue de trouver une réponse plus coordonnée, préventive et concrète face aux violences pouvant conduire au féminicide. << Prévenir pourquoi ? Parce qu’on sait très bien que quand les femmes alertent pour des violences, il faut agir avant qu’elles deviennent mortelles. C’est important de se demander comment mettre en place des outils d’alerte pour prévenir, quelles sont les actions qu’on doit mettre en place pour protéger et comment agir pour enfin sortir de ce cercle de féminicide>>, éclaire Dr Caroline Sack-Kendem, présidente de AWEP Cameroun.

A la table des échanges, on a retrouvé des représentants des pouvoirs publics, les acteurs de la justice et de la sécurité, du secteur privé, de la société civile, experts ainsi que des femmes. L’objectif étant de trouver des solutions concrètes au phénomène de féminicide à travers des recommandations réalistes et applicables. Les différents panels ont dissequé chaque segment de la thématique afin de permettre à l’assistance de mieux s’imprégner , aussi de faire de meilleures propositions.

Traduire en actions concrètes

Au terme des travaux, la déclaration concertée de Yaoundé pour la prévention du féminicide a été adoptée. Elle regroupe une vingtaine de recommandations. Il s’agit entre autres d’établir un observatoire national du féminicide chargé de collecter, analyser et publier régulièrement des données fiables et vérifiées sur les meurtres de femmes et de filles liés au genre ; de mettre en place un outil standardisé d’évaluation du risque et permettre une identification précoce des situations susceptibles d’évoluer vers des violences graves ou mortelles. La déclaration préconise également de mettre en œuvre dans le plus jeune âge et dans les espaces éducatifs, familiaux, communautaires et professionnels des programmes de prévention visant à déconstruire les stéréotypes du genre et à promouvoir le respect, l’égalité et le consentement ; d’associer les hommes et les garçons à la prévention des violences ; à intégrer l’autonomisation économiques dans les politiques de prévention et de protection ; à faciliter l’accès des femmes à la formation, l’entrepreneuriat, au financement, aux revenus et aux réseaux professionnels. Une étude sera faite sur la mise en place d’un mécanisme judiciaire d’urgence de protection pour les femmes exposées à un danger grave en renforçant les dispositifs d’accueil, de mise à l’abri, de protection et de prise en charge des victimes. Il faudra veiller à ce que les faits de violence soient poursuivis et sanctionnés de manière effective, proportionnée et dissuasive.

L’Ong AWEP s’engage à assurer le suivi de ces recommandations afin de garantir leur transformation en actions concrètes. Dans cette lancée, il est annoncé le développement et l’expérimentation de la plateforme Alerte femmes.

Cecile Ambatinda


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