
C’est l’un des freins majeurs à l’éclosion des pays de cette partie du continent. Au-delà de ce problème, la mal gouvernance est tout aussi préoccupante avec la corruption et les questions politiques. Il est question de laisser les questions afin de passer à l’action avec des projets concrets.
Le continent africain n’est pas une entité homogène contrairement à un discours parfois largement relayé. Il varie d’un pôle à l’autre avec des réalités différentes. Si certains pays comme le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Kenya et bien d’autres sont passés par des crises profondes, ils connaissent une transformation fulgurante ces dernières décennies avec des politiques publiques pragmatiques. Mais en Afrique centrale, on traine encore le pas. Pourtant, cette partie du continent a des richesses convoitées pouvant faciliter son développement. Cependant, ces ressources (humaines, naturelles…) sont souvent exploitées pour des intérêts égoïstes. Comment transformer la sous-région Afrique centrale en un véritable laboratoire de développement ? En clair comment sortir des discours pour s’inscrire dans la dynamique d’actions ?
Le déficit de leadership
Ces questions étaient au cœur de La 4ᵉ édition du « Central Africa Think Tank Forum » à Yaoundé. Pendant deux jours (10 au 11 septembre), des experts pluridisciplinaires se sont succédé au niveau de l’estrade pour décrypter les grands maux dont souffrent les pays de l’Afrique centrale. Selon eux, la situation est critique ; un paradoxe pour des experts qui pointent du doigt la mal gouvernance. Entre corruption endémique, manque criard de leadership et des programmes de développement incohérents, les systèmes politiques dans ces pays ne favorisent pas toujours leur éclosion, car on est très loin de la démocratie scandée dans les discours. Certains parlent d’ailleurs de « démocrature » ; une dictature qui arbore la tunique de la démocratie. Ce modèle de gouvernance ne prend pas toujours en compte les besoins et les attentes de la population. Faute d’équité, les crises naissent et les gouvernants peinent à poser un diagnostic approprié pour trouver des mécanismes devant aider à sortir définitivement de cette situation. Des experts s’accordent à dire que des solutions existent, mais la volonté politique manque le plus. Il faut transformer ce que nous connaissons par ce qui doit être fait, relève le Dr Denis Foretia, Executive chairman de Nkafu Policy Institute. « L’objectif de ce forum est de réunir autour de la table les experts, les membres de la société civile et les gouvernants pour voir dans quelle mesure aider nos pays à trouver des solutions concrètes à leurs problèmes. Cette année, nous mettons un point d’honneur sur l’action. Diagnostiquer les problèmes ne suffit plus. Il faut trouver des solutions concrètes, voir dans quelle mesure créer des emplois décents pour les populations, travailler pour l’intégration de nos États. L’objectif est d’apporter la prospérité dans un futur proche pour rendre nos États plus dynamiques. »
Laisser les discours et agir
Il faut donner une nouvelle trajectoire à la sous-région. Ceci passe par une nouvelle classe de dirigeants conscients des enjeux et surtout du potentiel de l’Afrique Centrale. « Il y a du potentiel. Mais des investisseurs ne font pas toujours confiance aux dirigeants en place. Certains ont peur de voir la situation politique s’effriter. Le contexte politique en dit long dans ces Etats. Il existe une crise de confiance et de légitimité. Pour voir l’Afrique Centrale décoller à la hauteur de sa richesse, il faut sortir des discours pour être actif sur le terrain en réinventant l’éducation, les programmes de développement et construire une nouvelle mentalité. Pour y arriver, il faut revoir le leadership en Afrique centrale. C’est un vrai problème. De belles idées sans volonté politique ne servent à rien », souligne un participant. L’économiste Emmanuel Noubissie Ngangam pose un regard critique. « L’intégration en Afrique centrale est confrontée à un certain nombre de problèmes. L’un des problèmes, c’est le déficit de leadership et le manque de vision politique de la part de nos dirigeants. L’Afrique centrale a tout pour réussir. Elle ne décolle pas à cause du déficit de leadership, les problèmes politiques, les déficits infrastructurels. » Pour ce qui est du Cameroun, l’expert va plus loin : « Pour le Cameroun, je m’appuierai sur notre stratégie de développement 2020-2030. Cette stratégie a déraillé dès la première année de sa mise en œuvre… L’échec en Afrique centrale n’est pas culturel ; il est essentiellement politique. »
Organisé par Nkafu Policy Institute, le ‘’Central Africa Think Tank Forum’’ était aussi l’occasion de mettre en avant les 20 leaders émergents sélectionnés sur la base de la qualité de leurs projets. L’idée était de les amener à mieux comprendre leur environnement et les grands défis de l’heure à travers des programmes spécifiques. Les participants repartent satisfaits au regard de la qualité des travaux au niveau des différents ateliers. Le rendez-vous est pris pour 2027 pour la 5ᵉ édition.





