
Pour le président du Social democratic front (Sdf), chaque inscription sur les listes électorales compte dans le but d’obliger cette institution à remplir sa mission. Une loi spécifique pourrait adresser sérieusement cette question.
Au Cameroun, l’horreur est devenue le menu du quotidien. Sur les réseaux sociaux, les images d’une violence inouïe sont largement relayées suscitant au passage de l’indignation « passagère ». Des jours après, le drame est relayé au second plan et un autre dossier prend la communauté nationale en grippe pour un temps tout aussi court. Les meurtres enregistrés ces derniers mois pourraient tenir dans un container de 20 pieds. Le dernier cas en date, encore plus frais dans les mémoires, est l’assassinat brutal de Beguel Crescence Merline à l’hôtel Salvador le 25 août 2026 au quartier Fouda à Yaoundé. L’émoi suscité s’effrite progressivement et les habitants de la capitale s’interrogent sur cette montée effrénée de ces actes d’un autre genre. Marie Thérese Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la famille a instauré la journée de vendredi pour le port des T-shirts avec le message « Stop aux féminicides et aux infanticides ».
Une mesure symbolique selon des habitants rencontrés dans certaines artères de la cité capitale. « C’est bien de dénoncer avec une journée comme celle-là. C’est important. Mais il faut des mesures concrètes sur le terrain. Les discours ne suffisent plus face à ces actes. La sensibilisation oui, et l’éducation au sein des familles. Malgré les condamnations dans les discours, les tueries n’ont pas cessé. Une preuve que les discours sont inefficaces chez nous. Il faut passer à la vitesse supérieure », relève Blaise Onana. Le président du Social democratic front (Sdf), Joshua Osih, déplore la multiplication des féminicides et des infanticides au Cameroun. Il envoie un coup de griffe à l’Assemblée nationale. Car dans un communiqué daté du 27 août, il indique clairement que les députés du parti de la balance ont pris leurs responsabilités : « Des propositions de loi visant à renforcer notre dispositif juridique contre ces crimes ont été élaborées et déposées sur la table du bureau de l’Assemblée nationale. Ces textes auraient dû être examinés et, si nécessaire, améliorés par la représentation nationale. Il ne s’agissait pas d’une question partisane, mais d’une urgence humaine et nationale : donner à notre pays des instruments juridiques plus efficaces pour prévenir ces crimes, protéger les personnes vulnérables, poursuivre leurs auteurs et rendre justice aux victimes », peut-on lire. On apprend d’ailleurs au niveau du Ministère de la Promotion de la Femme et de la famille que la « loi spécifique contre les violences faites aux femmes suit son cours au niveau du Premier ministère. »
En attendant que ce projet de loi soit soumis au Parlement, Joshua Osih invitent les uns et les autres à aller s’inscrire sur les listes électorales. Pour lui, la solution passe par l’Assemblée nationale. Et pour changer la donne, il faut avoir la majorité, car jusqu’ici, c’est le Rdpc qui dicte sa loi. « Le Sdf a clairement montré la voie au Parlement. Il a proposé que la représentation nationale débatte et donne au Cameroun les moyens légaux de lutter contre les féminicides et les infanticides ». Le nombre réduit de députés du Sdf, apprend-on, ne permet pas d’aller au bout. « Si vous voulez lutter contre les féminicides et les infanticides, protéger nos femmes et nos enfants et obliger l’Assemblée nationale à remplir sa mission, allez-vous inscrire », conclue Joshua Osih. Au Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), l’indignation est aussi totale. Par la voie de son secrétaire général adjoint, Roger Justin Noah, le parti de la renaissance invite la justice « à requalifier systématiquement, dès qu’elle en a le moindre indice, ces actes en assassinats prémédités, avec des peines exemplaires, sans circonstances atténuantes liées au ‘’contexte familial’’. Cette lutte contre les féminicides interpelle tout le monde, car c’est l’avenir de la nation dans son intimité qui est en jeu, relève avec force Joséphine Kenne, une femme indignée. « Il faut des lois qui punissent sévèrement et sans réserve ces actes crapuleux. On a franchi le Rubicon depuis. Il est temps de frapper pour mettre un terme assassinats qui prennent l’allure d’une mode. »





