
Le Réseau des jeunes féministes d’Afrique centrale (Rejefemac) en collaboration avec le collectif Stop féminicides 237, a organisé un recueillement le 29 août 2026 à Yaoundé pour honorer la mémoire de ces femmes et filles tuées au Cameroun.
Huit cadres photos disposés sur des chaises. Des images de huit femmes et filles souriantes, pleines de vie. C’est la première image qu’on aperçoit en franchissant la salle de Kisses palace à Yaoundé samedi dernier. En se rapprochant, on peut lire des noms inscrits sur chaque cadre: Diane Yongwa, Divine Mbarga, Vanessa Youbi, Chloé Nguedem Tama, Marina Ngono Anguissa, Frida Ndomen Poro, Anaïs Zeh Eyamo, Alima Mbazoa. Elles ont été arrachées à la vie dans des conditions barbares par des hommes. Chaque visage rappelle une fin tragique : abus sexuel, assassinat, empoisonnement et violences conjugales.
Ce 29 août 2026, le Réseau des jeunes féministes d’Afrique centrale (Rejefemac) en collaboration avec le collectif Stop féminicides 237, a organisé une veillée de « femmage » pour les victimes de féminicides au Cameroun. Elles ont été choisies parmi plus de 300 femmes et filles tuées depuis 2023 au Cameroun, selon le recensement effectué par le collectif Stop féminicides 237. Les familles venues de différentes régions ne peuvent contenir les larmes à la vue des images de leur fille, sœur, mère.
L’un des moments forts a été la lecture à haute voix des noms des victimes. Devant chaque portrait, Viviane Tathi, responsable nationale de Stop féminicides 237 a rappelé les circonstances de l’assassinat. La salle était plongée dans un silence rythmé par des sanglots des parents des familles. Ces cadres-photos ont été par la suite remis aux membres des familles pour « ne pas les oublier ».
Que justice soit rendue
La maman de Vanessa Youbi réclame justice. Retenant à peine ses larmes, Marguerite Djuikou Fotso n’a aucune suite depuis l’assassinat brutal de sa fille et ses petits fils à Nanga Eboko en avril 2023. « Je suis restée toute seule. Que justice soit faite. Que cela ne se répète plus », souhaite-t-elle la voix tremblante. L’Imam invité à la veillée a joint sa voix à celle des familles des victimes pour interpeller les autorités compétentes. « Rien n’a été fait jusqu’ici, alors même qu’il y a des moyens pour le faire. Nous invitons le Cameroun à punir ces hommes », a-t-il déclaré d’un ton ferme.
Au-delà de la tristesse que suscitent ces souvenirs douloureux, les membres de la Rejefemac veulent célébrer la vie de ces victimes. « Les images que nous avons de ces femmes et filles sont celles relayées sur les réseaux sociaux après ce qui leur est arrivé. Nous sommes réunis ici pour connaître qui elles étaient, ce qu’elles aimaient faire », a déclaré Renée Nwoes, co-fondatrice du Rejefemac. Ces féministes entendent porter une exigence commune, celle d’une loi qui reconnaisse et sanctionne le féminicide. Le choix de cette période n’est pas anodin. En une dizaine de jours, huit cas de féminicides ont été enregistrés au Cameroun. Depuis janvier 2026, on dénombre plus d’une quarantaine de femmes et filles tuées. Il est question pour le Rejefemac, au-delà de l’indignation, de renforcer ses actions par une plus grande mobilisation.
Un plaidoyer
Dans leur lutte contre les féminicides, ces féministes mènent diverses actions dans l’accompagnement des familles des victimes. Toutefois, le défi demeure celui de la mise en place des mesures qui permettront d’assurer la protection des femmes et filles. Pour ce faire, elles formulent plusieurs recommandations. Au premier rang, une réforme juridique en lien avec la protection des droits des femmes. Ce qui implique l’adoption d’une loi portant répression des violences faites aux femmes (Vff); l’harmonisation de la législation interne avec les instruments internationaux ratifiés ainsi que l’application et la vulgarisation des dispositions. Elles relèvent la création d’une cour spécialisée pour le traitement des Vff; le perfectionnement des mécanismes de prise en charge ; la mise en place des brigades spécialisées pour le traitement des cas de Vff et filles sur toute l’étendue du territoire. La formation des acteurs intervenant dans la diligence des cas de Vff notamment les officiers de police, les magistrats, les agents des services sociaux est tout aussi préconisée. Autres propositions : la mise en place d’un système de collecte des données sur les Vff fiable et efficace au Cameroun et la création





