
Entre surenchère, double dépense et retard dans les cuisines, les ménages de Yaoundé vivent un véritable calvaire. Depuis plusieurs semaines, trouver une bouteille de ce combustible relève du parcours du combattant.
Assise dans un bar en face d’une station au quartier Olembé, Olive garde sa bouteille vide calée entre les pieds. Elle a entendu dire que des bouteilles pleines seront livrées ce matin (mercredi 16 septembre). Alors, elle attend. Depuis plus d’une semaine, cette jeune mère est à la recherche du précieux combustible. Elle n’en peut plus des allers-retours infructueux. Partout, le refrain est le même : « Il n’y a pas de gaz, il faut repasser ». « On vit comment sans gaz ? On a le petit déjeuner des enfants à préparer chaque matin. Comment on fait ? Un pompiste m’a dit qu’il y aura du gaz aujourd’hui. Donc, je ne suis pas pressée, je vais rentrer avec du gaz », confie-t-elle, une bière posée sur la table. Comme Olive, des dizaines de ménages traversent la même situation dans la capitale.
Dans les stations-services et les points de vente agréés, les files d’attente s’allongent d’heure en heure. Les consommateurs, résignés, paient parfois le prix fort pour ne pas rentrer bredouilles. « Le gaz est très pratique. À toute heure, tu peux faire à manger. Quand il n’y en a pas, on fait comment ? Moi, j’ai pris l’habitude de cuisiner chaque matin avant d’aller au travail. Maintenant c’est très compliqué », affirme Yvanie Ndong, rencontrée avec une bouteille sur la tête. Et de poursuivre : « Tu montes, tu descends pour chercher le gaz et il n’y a pas. C’est très pénible pour chauffer les repas et faire le petit déjeuner des enfants ».
La fatigue et l’énervement sont visibles chez les consommateurs. « Nous sommes fatigués de cette situation. Ce n’est pas la première fois. Le gouvernement doit prendre des mesures pour éviter que ce phénomène devienne récurrent, parce que le gaz fait partie des produits de consommation les plus utilisés », s’indigne une cliente. « Va-t-on se lever un matin et dire que tout va bien ? Quand ce n’est pas la hausse des prix, c’est la pénurie. Et c’est comme ça chaque année avec le gaz. On doit faire le tour de la ville pour espérer avoir une bouteille de ce précieux combustible. C’est déplorable », ajoute Sara, ménagère.
8500 fcfa voir 10 000 fcfa pour une bonbonne
Il est 11h à la station près du Carrefour Messassi lorsqu’un camion chargé de bouteilles fait son entrée. Il n’est même pas encore garé qu’une foule se forme déjà. À moto, à pied, en taxi, les clients accourent. Les bouteilles partent comme des petits pains. « J’espère que j’aurai une bouteille. Ça fait déjà plus de quatre jours que je fais le tour des points de vente. Je ne trouve pas », confie Martin Wandji, assis sur sa bouteille vide, en plein rang.
Face à la pression, un pompiste réagit : « Nous vendons ce que nous avons. Si nous ne recevons pas, qu’allons-nous vendre ? On peut parfois avoir des retards dans les livraisons ». Même scène non loin de la station Total d’Elig-Essono où un camion contenant des bonbonnes pleines se gare.
Une situation qui alimente la surenchère. Certains tenanciers de points de vente surfacturent la bouteille de 12,5 kg, officiellement à 6500 FCFA. Mireille Mbang , tenancière d’une cafétéria, en a fait les frais : « J’ai fait deux jours à faire la tournée à moto. Quand j’ai enfin trouvé, le prix n’était pas le même. J’ai payé 8500 FCFA. J’étais obligée, j’ai des clients. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire au feu de bois. Une omelette par exemple, le client attend ». Un témoignage que partage également Youssouf, gérant d’un fast-food à Elig-Essono : « J’ai acheté ma bouteille à 10 000 FCFA après négociation. Le vendeur ne voulait pas, sous prétexte qu’il n’a pas assez de stock. C’est vraiment difficile ». Pour ces petits commerces, chaque jour sans gaz est une perte.
Retour au charbon et au bois
Les ménages sont obligés de recourir à d’autres alternatives pour assurer leur alimentation. Certains se rabattent sur le bois, le charbon, d’autres sur la sciure ou les copeaux de bois. Francine Ongolo fait ses comptes, la voix serrée : « Depuis deux semaines, je suis à plus de 6500 FCFA de dépenses pour le charbon. Tous les jours, il faut acheter un ou deux paquets de 500 FCFA pour mener la cuisson d’un repas jusqu’au bout. C’est énorme pour moi. Alors qu’une bouteille de gaz à 6500 FCFA peut faire un mois et plus ».
Pour Yvonne, acheter un sac de 50 kg a été une solution bien que pénible parce qu’il faut faire la cuisine à l’extérieur. « J’ai préféré un sac de charbon à 7000 FCFA. Avec le transport, le tout m’a coûté 8500 FCFA. Il y a une grande différence de prix. Mais je préfère ça par rapport au feu de bois ». Sylviane Ngah, quant à elle, a opté pour le feu de bois. « Je suis obligée de m’orienter vers le bois en attendant que le problème soit résolu puisque j’ai même essayé d’avoir du pétrole pour mettre dans le réchaud, là-bas ça a été un autre combat. C’est très salissant mais que puis-je faire ? Mon époux est allergique au charbon. Par jour, je peux acheter le bois de 500 FCFA voire plus. Ça dépend du menu de la journée ». Entre double dépense en transport, prix revus à la hausse et fumée dans les cuisines, la pénurie de gaz domestique asphyxie les ménages et fragilise les petits commerces.





