
Cet espace offert par le gouvernement aux transporteurs de sable est en cours d’aménagement. Ces engins lourds ont laissé derrière eux, à Olembé, des trous gigantesques. Reportage.
Pendant plus d’une décennie, Olembé était le lieu de prédilection des transporteurs de sable et autres produits de carrière. Ils y garaient leurs camions de jour comme de nuit. Même au niveau de l’échangeur, certains engins, parfois mal garés, rétrécissaient la chaussée au grand dam des usagers, car les embouteillages étaient monnaie courante. Partant du lieudit « champ de tir jusqu’à l’entrée école Olembé », il fallait s’armer d’impatience. La note du gouvernement de la région du Centre était claire : « le stationnement des camions transportant du sable et autres agrégats est formellement interdit sur l’axe échangeur d’Obala-Etoudi ». Depuis quelques jours, ça circule. Les camionneurs avaient jusqu’au 1ᵉʳ septembre 2026 pour se conformer.
Le Jour s’est rendu sur place il y a quelques heures. Le constat est clair. Aucun camion transportant du sable n’était visible. Mais sur des voies desservant les quartiers, quelques tas de sable sont visibles. Certains camions sont stationnés non loin de la station Petrolex et des chauffeurs devisent en petits groupes. « Ces voitures sont en panne », nous lance un vendeur de sable à l’affut des clients. Certains ont encore du mal à se conformer à la directive du gouverneur. « Celui qui refuse de respecter l’autorité assumera les conséquences de ses actes. On a demandé de libérer cet espace depuis », nous confie un chauffeur. Sur ce tronçon d’à peine 500 mètres, le calvaire est insoutenable. La chaussée est parsemée de trous d’éléphants et des mares d’eau. Cette chaussée décapée rend la circulation difficile. « C’est pour cette raison qu’il y a des embouteillages régulièrement de ce côté. Il faut bien calculer le niveau du trou avant de s’y aventurer. Sinon, vous allez endommager votre véhicule. La chaussée est presque envahie d’eau quand il pleut. Les chauffeurs sont obligés de ralentir. Retirer les camions ici est déjà un début de solution. Il faut maintenant refaire rapidement la chaussée en très mauvais état », relève un chauffeur taxi. Certains usagers rencontrés à Yaoundé sont heureux, car les piétons avaient également du mal à se mouvoir avec assurance face aux va-et-vient de ces camions. « Les chauffeurs camions roulent parfois sans retenue. On avait toujours la peur au ventre surtout avec les enfants qui rentraient de l’école, de différentes activités. Et c’est à ce niveau qu’ils venaient déverser le sable. L’eau dégoulinante retrouvait naturellement la chaussée. C’est pour cette raison qu’il y avait toujours de l’eau à ce niveau parfois même en saison sèche. Maintenant, c’est libre, mais la chaussée n’est pas en bon état. Les chauffeurs dictaient leur loi ici », relève David Onana, enseignant dans un établissement de la place.
Nkozoa, le nouveau parc
Les chauffeurs garent désormais leurs camions au niveau de Nkozoa, une localité située à quelques kilomètres d’Olembé. Nous sommes allés sur les lieux jeudi dernier. Plusieurs camions étaient garés aux abords de la chaussée. Certains contenaient du sable. Mais d’autres étaient vides. « Je ne suis pas allé en brousse aujourd’hui. Le marché est compliqué ces derniers jours. On attend les clients. En réalité, c’est une période difficile ; rien à voir avec la délocalisation du site », nous confie un chauffeur. En face, une nuée d’engins est visible. En réalité, c’est le nouveau parc des camions de Nkozoa. Cet espace de plus de 4 hectares offert par l’Etat a été terrassé par l’association des camionneurs, apprend-on sur place. Avec la pluie, les chauffeurs ont du mal à se garer. Ceux qui s’engagent sur cette voie pataugent pendant de longues minutes. Ils finissent par s’enfoncer dans la boue. « En principe les camions doivent garer au parc. L’état actuel du parc ne permet pas aux voitures de se mouvoir facilement. Regardez l’entrée. Ce n’est pas facile. Il y a encore du travail à faire. Pour le moment on souffre encore », confie un autre chauffeur.
Le président régional des chauffeurs benne de la région du Centre, Etienne Temgoua, a tenu à remercier le gouvernement pour le site même s’il reconnait que le départ n’est pas facile. « Le bureau du centre a pu terrasser ce terrain de quatre hectares. Le gouvernement était ici il y a quelques jours avec les préfets. Il a promis soumettre notre cas auprès du Mintp pour nous aider à ressortir les routes. Nous tendons les mains à l’Etat pour l’électrification du site afin de permettre aux camions d’entrer. Il n’est pas facile pour les camions d’entrer et de ressortir. Nous souhaitons avoir les toilettes et de l’eau ». Et d’indiquer : « Il n’y a plus de camion en ville. On a essayé de responsabiliser nos membres. Les chauffeurs ne roulent plus à tombeau ouvert et les klaxons ont diminué. Nous remercions le gouverneur pour ce site », se réjouit le président. Plusieurs établissements scolaires sont situés à un jet de pierre de ce nouveau site. Avec le mouvement effréné des véhicules sur cet axe très sollicité, la question de la sécurité revient sur les lèvres des usagers. Elle se posait déjà avant l’arrivée de ces engins lourds : « Je pense que les autorités doivent prendre des dispositions. Il n’y a presque pas de signalisation pourtant on est proche des établissements. Les marquages sur la chaussée n’existent pas. Il faut des dos d’âne pour limiter les vitesses au niveau de cette descente », relève un parent d’élève.
Au niveau du bureau régional des chauffeurs Benne de la région du Centre, certaines mesures de sécurité ont été prises, apprend Le Jour sur le terrain. « Plus de 20 personnes dirigent la circulation de 6H à 9H et de 11H à 15H30. Nous ne gênons pas les élèves. Nous avons deux entrées. Tout est mis en œuvre pour éviter l’entrée des élèves », rassure Etienne Temgoua. En attendant l’achèvement des travaux de ce nouveau parc, on recense plus de 900 camions dans la région du Centre. Cet espace va donc contenir les camions et tous les dépôts de sable.





