Nelsa Yoda : Drépanocytaire, elle veut faire de sa couronne une voix

Nelsa Yoda

À 28 ans, la deuxième dauphine de la région du Sud veut sensibiliser contre cette maladie tout en aidant les jeunes et les moins jeunes à s’approprier de manière responsable le numérique.

Les concours de beauté ne cessent d’attirer des jeunes filles sur le continent africain. Au regard de la prestance de l’évènement, chaque candidate nourrit le vœu de porter les couleurs de son pays à l’internationale avec un projet soutenu entre les mains. Au pays de Samuel Eto’o Fils, ce concours séduit et fait rêver plus d’une. En effet, la 19ᵉ édition de Miss Cameroun est déjà sur les rails. Après la phase de sélection régionale, le Comité d’organisation de miss Cameroun (Comica) a sorti du lot, de manière représentative, la liste des finalistes. Elles seront 27 sur la ligne de départ en quête de la couronne ; ce sera sans la miss de la région du Nord. Mais au-delà des visages luisants, des silhouettes élancées assorties de sourire en coin, une des candidates porte une cause noble, selon plusieurs observateurs. Il s’agit de Nelsa Yoda. La deuxième dauphine de la région du Sud a décidé de se battre pour elle et pour les drépanocytaires. Si certains trainent cette maladie comme un fardeau, elle en a fait une force pour affronter ses difficultés avec courage et résilience.

Cybercriminalité, le mal social

Cette plateforme que lui offre Miss Cameroun est une opportunité qu’elle veut saisir pour sensibiliser davantage sur cette maladie perçue par la société avec des aprioris. Le rêve est grand et sa détermination ne souffre d’aucun doute. Les bruits qui ont entouré ce concours par le passé ne sont pas de nature à la faire frémir. Nelsa Yoda veut vivre cette expérience jusqu’au bout en ce sens que ses motivations vont au-delà de sa propre personne. « J’ai décidé de me lancer cette année pour plusieurs raisons. D’une part, je défends la cause des personnes drépanocytaires. Elles ont besoin d’avoir cet exemple-là de résilience, d’ambition, et puis de ne pas s’arrêter qu’à la maladie. D’autre part, c’est un rêve. Comme toute jeune fille, ça reste un rêve d’enfant où on représente tout un pays dans divers domaines tels que : l’intelligence, la beauté, l’élégance, et puis l’impact social », relève-t-elle avec force. Face à la concurrence venant de toutes les dix régions du pays, la deuxième dauphine de la région du Sud compte s’appuyer sur sa potion magique pour faire la différence à savoir : le travail. Avec l’expression facile et l’assurance dans ses postures, Nelsa Yoda croit en son rêve. Sa position lors des finales régionales ne l’influence guère bien au contraire.  « Cette 19ᵉ édition de Miss Cameroun a une particularité. Contrairement aux années précédentes, les deuxièmes dauphines sont aussi dans la course. Je compte sur l’exception de cette année qui permet aux finalistes (Miss et dauphines) de participer à la grande finale prévue au mois de septembre.  Je compte sur mon travail ; c’est ce qui fait tout. »

Dans un environnement marqué par la cybercriminalité, le comité d’organisation de Miss Cameroun a jugé important d’explorer ses compteurs avec les différentes candidates. Le projet « rêve réel » porté par Nelsa Yoda est tout un projet. « Je me suis focalisée sur la lutte contre la cybercriminalité liée aux opportunités professionnelles. Je crois que la jeunesse a besoin de repères, d’orientation pour rêver grand. Au regard de l’ampleur de la situation, le mal est profond. Il est désormais question d’associer toutes les couches sociales à prendre des mesures nécessaires pour se mettre à l’abri de la cybercriminalité. Yoda compte offrir des opportunités de formation à de nombreux jeunes et moins jeunes dans le secteur du numérique. Selon l’Antique, les jeunes de 16 à 35 ans sont plus confrontés à la question de la cybercriminalité. C’est pour cela que mon projet va d’abord reposer sur la jeunesse. Les personnes âgées ne sont pas en reste. Elles sont également victimes de tout ce qui est arnaque en ligne. »

Drépanocytaire comme force

À 28 ans, Nelsa Yoda est une jeune femme ouverte d’esprit et ambitieuse. Elle a fait de sa maladie une arme pour franchir toutes les barrières au quotidien. Elle est d’ailleurs la présidente fondatrice de ‘’l’Association Kolosi Drépano’’. C’est une cause engagée pour l’inclusion sociale et professionnelle des personnes drépanocytaires. « La drépanocytose provoque des douleurs atroces au niveau des articulations. Le danger est réel, car c’est la première maladie génétique mondiale. On a encore un problème de sensibilisation. Certains sur le continent ignorent leur statut. Je trouve important de continuer à sensibiliser, à éduquer la population dans l’optique de les amener à faire leur examen d’électrophorèse », souligne la présidente. Et d’ajouter : « Étant drépanocytaire, je mesure le danger d’une telle maladie. Et je suis aussi là pour encourager les autres drépanocytaires. Ils sont souvent stigmatisés, jugés. On leur dit qu’ils n’ont pas le droit de vivre ; qu’ils sont condamnés à mourir très tôt. On les qualifie à la limite de sorciers. Ce n’est pas leur faute. La responsabilité vient surtout aux parents en ce sens qu’ils n’ont pas eus l’éducation et l’information pour prévenir cette situation en évitant que leur enfant soit SS. Je continue à dire à la population de continuer à faire leur examen d’électrophorèse, de dire à ces personnes drépanocytaires qu’ils ont le droit de rêver, qu’ils ont le droit de vivre et que la drépanocytose n’est pas une fatalité, que moi, même étant drépanocytaire, j’ose croire que j’ai du poids et du potentiel à apporter au Cameroun. »

Nelsa Yoda parle de la drépanocytose de manière décomplexée. Elle n’a pas eu de crise depuis deux ans aujourd’hui. Connaissant le fonctionnement de son système immunitaire, elle a pu identifier des indices pour éviter ou non des crises. Elle invite les autres drépanocytaires à rester motivés pour mieux avancer. Révélée au grand public lors de la saison 3 de Bachelor, Nelsa Yoda entame une nouvelle aventure humaine. Elle est consciente des difficultés du parcours, mais est confiante pour la grande finale en vue. Du haut de son 1,68 mètre, elle compte également sur son construit intellectuel pour se positionner comme reine de la beauté camerounaise. Elle dégage une joie de vivre impressionnante et reste fidèle à sa ligne de conduite. Première participation à un concours de beauté et déjà finaliste, Nelsa Yoda peut déjà être fière de son parcours. Mais elle vise plus haut.  Elle fait des études en Économie et commerce en Suisse. Nelsa Yoda va travailler plus tard dans l’administration, la bureautique et comme conseil clientèle. Elle est croyante et ne se voit pas comme une drépanocytaire ; elle se voit comme Nelsa Yoda, celle qui veut apporter sa contribution pour le développement du Cameroun. Avec son dossard 6, elle a présenté son projet lors d’une conférence de presse le 17 août à Yaoundé. Elle nourrit de grandes ambitions.

 

Solière Champlain Paka

Author: Solière Champlain Paka

Je suis un journaliste passionné par l'écriture et les métiers de la voix. L'humilité me permet d'apprendre, de comprendre et de partager le fruit de mes recherches sans restrictions. Mon éclectisme m'a conduit depuis plusieurs années maintenant, vers les questions Politiques, Culturelles, sportives ...

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