
Par Marie-Roger Biloa
La Constitution actuelle peut servir de base à une transition pacifique à condition que les principes suivants soient respectés.
Premier principe : pas de transmission dynastique du pouvoir Personne, dans l’entourage immédiat ou familial du Président de la République, n’a vocation à hériter du pouvoir.
Le Cameroun n’est pas un patrimoine. La puissance publique n’est pas une affaire de famille qui se transmet de génération en génération. La légitimité ne se lègue pas — elle se gagne, devant le peuple.
Deuxième principe : la transition ne peut pas se décider en vase clos
La transition ne peut pas se limiter à un jeu de chaises musicales entre caciques ou au sein d’un seul parti politique. Elle n’est pas une passation de pouvoir entre initiés, déguisée en processus démocratique. Soit le Cameroun applique sa propre Constitution, dans l’esprit comme dans la lettre. Soit il assiste, une fois de plus, à la confiscation organisée de son destin par ceux-là mêmes qui ont mené le pays où il en est au- jourd’hui.
Troisième principe : respecter la voie constitutionnelle et donner voix au chapitre aux citoyens
La Constitution camerounaise est claire : en cas de vacances, l’intérim revient au Président du Sénat. C’est écrit noir sur blanc. Certains caciques du régime ne veulent pas de cette disposition, sans doute trop indépendante de leurs intérêts. Alors ils ont bricolé, dans l’ombre, un poste sur mesure et au profil laissé dans le flou : celui de vice-président exécutif – un strapontin taillé à la demande, à pourvoir en théorie par le chef de l’Etat qu’on prévoit visiblement d’instrumentaliser une fois de plus. C’est un détournement. Un détournement de procédure, comme il y a eu détournement de fonds. C’est aussi une manière d’écarter le peuple et d’en faire un simple spectateur de sa destinée. La même logique, le même mépris du droit, face à une Constitution claire.
Quatrième principe : pas de transition sans élection
La transition exige la consultation du peuple camerounais, directement par le biais de l’élection. Elle exige aussi d’écouter les voix de la diaspora, des collectifs actifs et des personnalités engagées qui, depuis des années, portent ce combat loin du pays, et en payent le prix. Une transition qui ne passe pas par la voie électorale n’est pas légitime.
Cinquième principe : pas de recyclage des mains sales
Aucun membre de l’actuel gouvernement ne peut prétendre incarner la suite. Surtout pas ceux qui ont les mains sales — celles qui ont pillé les ressources de l’État pendant des décennies. Et surtout pas ceux dont les mains sont rouges — rouges du sang versé lors de la répression des manifestations post-électorales. On ne confie pas l’avenir d’un pays à ceux qui ont façonné son naufrage. On n’est pas sur une reconduction déguisée. Mais une rupture nette. L’histoire ne pardonne pas les faux départs. Et vous, êtes-vous favorable au respect de la constitution qui prévoit l’intérim par le Président du Sénat.





