
Au restaurant La Cabane, Haman Mana avait les yeux rouges. Nous avons pleurรฉ tous les deux. Moi, ร chaudes larmes. Quelques heures plus tรดt, je lโavais vu arriver ร ๐๐ถ๐ต๐ข๐ต๐ช๐ฐ๐ฏ๐ด avec son รฉpouse. Costume impeccable, raie soigneusement tracรฉe, Churchโs parfaitement cirรฉes. Puis il avait commencรฉ ร vider son bureau.
La veille encore, aprรจs le bouclage du journal, chez Bernard, il mโavait retenue autour de plusieurs biรจres. Il dรฉplorait la mรฉchฤncetรฉ des hommes, se confiait, semblait accablรฉ. Il me disait que j’avais du potentiel. Moi, je pensais dรฉjร ร mon rendez-vous galant au Bois dโรbรจne. ๐๐ฒ ๐ปโ๐ฎ๐๐ฎ๐ถ๐ ๐ฟ๐ถ๐ฒ๐ป ๐ฐ๐ผ๐บ๐ฝ๐ฟ๐ถ๐.
Jโรฉtais arrivรฉe ร ๐๐ถ๐ต๐ข๐ต๐ช๐ฐ๐ฏ๐ด en 2000, avec mon master en journalisme eu Sรฉnรฉgal et une envie farouche de faire ce mรฉtier. Il avait pourtant fallu me battre pour lโexercer. Mon pรจre adoptif sโy opposait, notamment ร cause du contexte politique. Haman Mana avait fini par aller le convaincre de me laisser faire ce que jโavais choisi de faire.
Et parce que tout nโy fut pas rupture ou blessure, je veux aussi dire merci ร Alain Batongue, Emmanuel Gustave Samnick, Roger Alain Taakam… eux aussi mโont aidรฉe ร รชtre la journaliste que je suis devenue. ร eux aussi, merci.
Quelques annรฉes plus tard, alors que jโรฉtais responsable du desk Environnement, mon nom sโรฉtait retrouvรฉ parmi ceux que certains voulaient voir partir. Je payais aussi ma proximitรฉ professionnelle avec Haman. Il mโavait alors dit : ยซ Cathy, on ne peut pas te chasser lร oรน je suis.ยป
Tout en me rappelant au passage que j’รฉtais la fille de Pierre Yogo qui fut intendant ร l’Esstic. Et cette phrase ne mโa jamais quittรฉe : pour lui, mรชme si certains me trouvaient ยซ nลณlle ยป, jโรฉtais au moins capable dโentrer dans son bureau pour lui dire : ยซ DP, tes chaussures ne sont pas cirรฉes. ยป Un manager avait besoin de gens capables de lui parler vrai.
๐โ๐ฒ๐๐ ๐ฐ๐ฒ ๐ฝ๐ฟ๐ผ๐ณ๐ฒ๐๐๐ถ๐ผ๐ป๐ป๐ฒ๐น-๐น๐ฎฬ ๐พ๐๐ฒ ๐ทโ๐ฎ๐ถ ๐๐๐ถ๐๐ถ. Pas lโhomme. Le journaliste, le manager, celui qui nous poussait ร travailler davantage, ร chercher plus loin, ร donner le meilleur de nous-mรชmes.
Quand il quitte ๐๐ถ๐ต๐ข๐ต๐ช๐ฐ๐ฏ๐ด en 2007, une partie de la rรฉdaction le suit. Moi, jโรฉtais ๐น๐ฎ ๐๐ฒ๐๐น๐ฒ ๐ณ๐ฒ๐บ๐บ๐ฒ ๐ท๐ผ๐๐ฟ๐ป๐ฎ๐น๐ถ๐๐๐ฒ ร partir avec lui.
Le geste nโavait rien de confortable. Je quittais un salaire dโenviron 200 000 F CFA pour me retrouver autour de 50 000. Je perdais aussi une relation sentimentale qui se dirigeait vers le mariage.
Ma mรจre, elle, avait tranchรฉ dโune phrase : ยซ ๐๐ฒ ๐๐ผ๐๐ ๐ฎ๐ถ ๐ฎ๐ฝ๐ฝ๐ฟ๐ถ๐ ๐น๐ฎ ๐น๐ผ๐๐ฎ๐๐รฉ. ๐ฆ๐ถ ๐๐ ๐ฐ๐ฟ๐ผ๐ถ๐ ๐ฒ๐ป ๐ฐ๐ฒ๐ ๐ต๐ผ๐บ๐บ๐ฒ, ๐ฝ๐ฎ๐ฟ๐ ๐ฎ๐๐ฒ๐ฐ ๐น๐๐ถ. ยป. Alors je suis partie.
Puis il y eut ๐๐ฆ ๐๐ฐ๐ถ๐ณ.
Kabangondo, peu de moyens, mais beaucoup d’amour et l’envie de vaincre, puis lโancien immeuble Fonader. Xavier-Luc Deutchoua tenait la rรฉdaction avec ce calme et cette rigueur qui forรงaient le respect. ๐๐ ๐ณ๐ถ๐น ๐ฑ๐ฒ๐ ๐ฎ๐ป๐ป๐ฒฬ๐ฒ๐, ๐ทโ๐ ๐ฎ๐ถ ๐ด๐ฟ๐ฎ๐ป๐ฑ๐ถ ๐ฎ๐๐๐๐ถ : chef du service Vivre Ensemble, puis secrรฉtaire gรฉnรฉrale de la rรฉdaction, avant de poursuivre comme grand reporter. Nous avions peu, mais nous avions faim de journalisme.
Nous avons portรฉ lโaffaire #VanessaTchatchou dont le bรฉbรฉ avait disparu. Soit dit en passant c’est Quotidien Le Jour qui en parle en premier. Nous avons arpentรฉ les morgues de Yaoundรฉ, construit de belles pages Culture, dรฉcrochรฉ des entretiens dont nous รฉtions fiers, comme cette pleine page avec Vincent Nguini. Je pense aussi ร cette femme indigente retenue ร la maternitรฉ faute dโargent, que notre reportage avait contribuรฉ ร faire libรฉrer.
Mais ๐๐ฆ ๐๐ฐ๐ถ๐ณ, cโรฉtait aussi une famille. Les bouclages. Les รฉclats de rire. Les discussions interminables. Les repas de sauce jaune dans les resto de Nkomkana. Je pense ร Deutchoua, l’adorable Ferdinand Nana Payong, mes collรจgues Patrice Ngbwa , Ulrich Fabrice , Jacques Bessala Manga, M. Lingo… reposez en paix!
Puis sont venus les succรจs, les tensions et les ยซย sแปrciersย ยป qui apparaissent lorsque la maison est dรฉjร debout.
Pour moi, il y eut aussi ce burn-out qui mโa laissรฉe presque un an au lit, jusquโร รฉcrire mon testament.
Le 25 avril 2013, je suis partie en France pour accoucher. Je nโai plus repris ma place dans une rรฉdaction en prรฉsentiel. Jโavais peut-รชtre donnรฉ assez de moi ร ce mรฉtier pour commencer aussi ร construire ma vie familiale.
Mais je nโai jamais cessรฉ dโรฉcrire. ๐๐๐ท๐ผ๐๐ฟ๐ฑโ๐ต๐๐ถ, ๐ฑ๐ฒ๐ฝ๐๐ถ๐ ๐นโ๐ถ๐น๐ฒ ๐ฑ๐ฒ ๐ฅรฉ, ๐ท๐ฒ ๐ฐ๐ผ๐ป๐๐ถ๐ป๐๐ฒ ๐ฑ๐ฒ ๐ฐ๐ฎ๐บ๐ฝ๐ฒ๐ฟ ๐นโ๐ฎ๐ฐ๐๐๐ฎ๐น๐ถ๐รฉ, ร ๐บ๐ฎ ๐บ๐ฎ๐ป๐ถรจr๐ฒ.
19 ans plus tard, je peux le dire ๐๐ฎ๐ป๐ ๐ตรฉ๐๐ถ๐๐ฒ๐ฟ : ๐๐ถ ๐ฐโรฉ๐๐ฎ๐ถ๐ ร ๐ฟ๐ฒ๐ณ๐ฎ๐ถ๐ฟ๐ฒ, ๐ท๐ฒ ๐น๐ฒ ๐ฟ๐ฒ๐ณ๐ฒ๐ฟ๐ฎ๐ถ๐. Parce que je nโai pas seulement travaillรฉ dans ce journal. ๐ก๐ผ๐๐ ๐นโ๐ฎ๐๐ผ๐ป๐ ๐ฝ๐ผ๐ฟ๐รฉ. ๐๐ ๐น๐๐ถ ๐ฎ๐๐๐๐ถ ๐บโ๐ฎ ๐ฐ๐ผ๐ป๐๐๐ฟ๐๐ถ๐๐ฒ.
Merci les gars on est ensemble.
Respectons les gens qui ont vรฉcu.






