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Assassinat du Dr Assouguena : Le message déchirant posthume

Image d'illustration

 

Dr Jeanne Laeticia Mandjouel Epse Noma Eloundou et Pr Assumpta Lucienne Bella. Une jeune femme, Dr Armelle Assouguena Fouda, médecin anesthésiste-réanimateur, a été assassinée de sang-froid le 18 mars 2026 à sa résidence d’Obala, dans sa Lekié natale, nous laissant un message poignant de son agonie. Dans cette lettre ouverte, ses consœurs et sœurs crient leurs douleur, détresse et appréhensions. Elles lancent un appel à la mobilisation de tous, pour le combat contre la barbarie et les violences faites aux femmes dans notre pays.

Pour ses sœurs aux cœurs meurtris

« A vous qui lirez ces lignes, Je m’appelle Armelle Assouguena Fouda. Je suis chez moi. Je la vois arriver sur moi, cette lame acérée. Comment puis-je lui échapper ? Je la sens lacérer ma chair, une fois, encore, et encore. La douleur est atroce, tétanisante. Je suis agressée dans ma propre maison. Quelqu’un m’entend-il crier ? Quelqu’un volera-t-il à mon secours ? Je suis médecin, je sais que je n’ai que cinq litres de sang. L’irréparable se produira le temps d’un clin d’œil. Puis la lame traverse ma gorge de part et d’autre…. Je n’y peux rien, pas assez de force dans mes bras blessés pour la repousser. Je suis anesthésiste-réanimateur, je sais ce que cela présage, une mort certaine, à brève échéance. Seigneur, est-ce ainsi que je devais quitter ce monde, baignant dans une mare de sang, dans mon propre sang ? Encore quelques secondes et mon cerveau manquera d’oxygène ; ces secondes pendant lesquelles je vois défiler ma vie écourtée, les moments heureux et ceux qui l’ont été moins, ma famille, mes collègues, mes amis, les patients dont j’ai eu la charge, mes projets. Je me sens toute engourdie. Je me doute bien que c’est la fin… Là, je me vois de dessus. Mon Dieu, tout est accompli !Mes enfants, personne n’ira les récupérer à la sortie de l’école. Qui trouvera les mots justes pour leur expliquer ce qui m’arrive ? Qui leur révèlera qu’ils ne me verront plus, qu’ils ne m’entendront plus, qu’ils ne connaitront plus la douce chaleur de mon étreinte aimante, plus jamais. Qui les consolera ? Pour moi, il est trop tard, je le sais. Je vais retrouver mes parents. D’aucuns diront trop jeune pour quitter ce monde, mais, il ne tient qu’à chacun parmi vous les vivants, d’œuvrer à ce que cela n’arrive plus à d’autres filles, à d’autres femmes. Et vous le pouvez. Et si dans un ultime soubresaut je puis m’autoriser un souhait, je l’adresserai au Dieu Tout-Puissant : qu’Il daigne m’accorder Sa Divine Miséricorde, qu’Il console et protège mes enfants, et qu’il bénisse la terre de nos aïeuls ! »

Dérive rampante Dorénavant

Dr Armelle Assouguena Fouda, vous ne serez plus « qu’un chiffre » dans les statistiques des féminicides au Cameroun, à défaut d’être portée au panthéon des âmes dévouées du corps médical. Quel sort peu enviable que celui de cette brillante jeune dame ! Non, elle n’a pas choisi de naître femme, nous n’avons pas choisi de naître femmes ! Nous sommes pourtant vos mères, vos sœurs, vos filles. D’où vient-il que de plus en plus nos vies comptent pour moins que rien ? La dérive est rampante, terrifiante ; la violence saisissante ; mais hélas le silence lui est assourdissant et pleinement coupable. Sous toutes ses formes, la violence habite dans nos maisons, nos écoles et universités ; elle se rencontre à chaque coin de rue, dans les lieux de service, dans les églises, dans les zones de conflit avec son lot de victimes innocentes.… Victimes directes ou collatérales. De fait, nous ne sommes en sécurité nulle part, piégées à l’endroit même où nous nous croyons sauves. Il ne se passe plus de jour sans ces récits d’abominations et des scènes surréalistes dans les médias et réseaux sociaux. La gent féminine est victime de toutes sortes d’abus, de toutes sortes de violences, physiques, psychologiques, économiques, financières et autres. Comme lors d’une chasse dans la forêt, les agressions des femmes et des filles semblent devenir un jeu morbide excitant pour certains, un moyen de montée d’adrénaline stimulante pour d’autres. Que de cris, de pleurs, de larmes silencieuses, de cœurs meurtris, de vies définitivement détruites, y compris au sein des foyers ! Et ces actes de haine et de violence qui embrasent tout le triangle national, tel un violent feu de savane, s’abattant davantage sur les plus vulnérables, naturellement les femmes. Non, cela ne saurait être une fatalité, ni « dans l’air du temps » ! Nous disons ça suffit (that is enough). Stop ! Arrêtez de massacrer, de violenter les filles, les femmes jeunes et moins jeunes, les personnels de santé féminins. Nous en avons assez de faire la Une des tabloïds en tant que faits divers.

 Condoléances des bouts de lèvres

Nous en avons assez des condoléances des bouts de lèvres à nos familles, ces mots vagues stéréotypés sans humanité réelle. Les bonnes intentions n’érigent aucune barrière autour des victimes potentielles. Ceux qui ont le devoir de légiférer l’ont sans doute fait, mais qui protège réellement ? Qui veille à l’application des règles établies ? qui punit le cas échéant ? Nous réclamons des actes ! des actes forts, des actes impactants ! Oui, cela relève du possible et non de l’utopie dans notre pays. Nous interpellons ici nos gouvernants à nous protéger. Le temps est aux mesures volontaristes, aussi bien dans la sensibilisation, la prévention, l’éducation, et surtout dans la répression. L’exemplarité est attendue par tous et pour toutes catégories de prédateurs. Il est temps qu’un message fort soit lancé en direction de ceux qui ont posé ces actes ignobles, de ceux qui ont des velléités de le faire. L’impunité doit laisser place à une saine justice. Nous sommes convaincues que chacun à son niveau peut et doit jouer sa partition. La banalisation de la violence dans le langage, le choc des images, la dépravation des mœurs ne sauraient être la norme d’une nation qui aspire à la prospérité. Cette dernière n’est pas envisageable ni réalisable sans l’apport de la femme. Elle est la mère, elle est l’avenir de la nation. Le cycle de la violence doit être rompu. Les parents, grands-parents, oncles, tantes, la communauté éducative, tous, nous devons prendre nos responsabilités. C’est un impératif et une urgence de déprogrammer la chrysalide avant qu’elle ne devienne papillon. D’ores et déjà, crions tout haut et très fort « Plus jamais ça ! ». La fille a besoin d’un environnement sécurisé pour grandir et pour s’épanouir ; la femme camerounaise a besoin d’être protégée pour pouvoir apporter sa pierre au développement. Nous voulons enfin, témoigner de notre soutien à la famille de Dr Armelle Assouguena Fouda, à ses chers enfants. Nos pensées vont également à l’endroit de toutes ces familles qui ont perdu qui une fille, qui une sœur, qui une mère, de suite d’actes barbares. Hélas, rien ne saurait faire reculer l’horloge suprême. Tout au moins, avons-nous dès cet instant, l’ardent désir de contribuer à toute œuvre salutaire afin de voir vivre nos filles, nos sœurs, nos mères dans un environnement plus sûr et épanouissant.

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