Le Mindef révoque 4 sous-officiers

Mindef

Encore en formation au centre d’instruction de Koutaba, les concernés, originaires du Noun, avaient conduit leurs camarades rendre hommage au « sultan-roi » des Bamoun, dans un exercice filmé qui leur vaut aujourd’hui la colère du haut commandement.

 

Par un message porté du 12 juin 2024 au chef d’état-major des armées, l’opinion a appris la révocation par résiliation du contrat d’engagement de quatre sous-officiers d’active. Joseph Beti Assomo reproche à Njinchout Abana El Jamil, Njiawouo Isaac Chancelier, Fifen Ousseni et Nchouwet Patrice Legrand, récemment en formation au centre d’instruction des sous-officiers pour le compte du contingent 2022 leur « inconduite notoire ». Explication officielle : les intéressés ont fait « allégeance à une autorité traditionnelle le 23 décembre 2023 », ce qui est une violation grave du règlement militaire. Ce 23 décembre 2024, après la circulation des images de ce show hors du commun, qui avait été préparé à l’insu des formateurs militaires, certains étaient tombés d’admiration devant l’étendue du pouvoir du jeune sultan, à qui des jeunes soldats venaient de rendre ainsi des honneurs militaires, au point de souhaiter être à sa place. D’autres par contre s’offusquaient de voir de jeunes militaires rabaisser la tenue au niveau tribal et craignaient une contagion dans les rangs. Le Mindef avait réagi pour promettre des sanctions. Puis le temps est passé, ils ont reçu leurs diplômes de fin de formation. L’affaire est sortie de l’imaginaire de beaucoup.

 

Le village, contre l’Etat

 

Seuls les éléments de l’enquête interne, menée par les services de l’armée, pourront expliquer pourquoi seuls ces quatre jeunes sous-officiers ont été sanctionnés. Ils étaient en effet plus d’une dizaine à se donner en spectacle devant le sultan ce jour et de sources bien informées à Koutaba, ils avaient été placés en cellule disciplinaire après l’incident. Des meneurs ? Possible. Pourquoi ? Eux seuls pourraient l’expliquer. « On veut bien mais, en vertu de quelle loi ? Les allégeances aux monarques sont-elles un fait punissable par quelque loi que ce soit dans ce pays ? Sans même noter que nos monarques sont au-dessus de la loi, en tout cas pour les plus puissants d’entre eux, à l’exemple du Sultan … Bamoun justement, et du lamido de Rey Bouba, pour ne citer que ces deux-là », charge un analyste. « Ces sous-officiers ont montré leur totale nullité en étant incapables de comprendre leur propre statut de militaires d’une République. Ils connaissaient les termes de leur contrat avant d’aller poser cet acte », commente sous cape un expert du cru. Et si c’était un retour d’ascenseur ? « Allez voir s’ils ne sont pas entrés à l’école par la petite porte. Le sultan grâce à qui ils seraient entrés à l’école est là. Il peut toujours intervenir pour qu’on les reprenne », se moque un internaute, qui soupçonne les effets du népotisme ambiant.

Plus étonnant dans l’affaire, avant son accession récente au trône, S. M. Nabil Nforifum Mbombo Njoya, le sultan à qui ils rendaient ces honneurs non dus, est un administrateur civil, qui officiait dans le commandement territorial, notamment comme collaborateur du gouverneur de la Région du Sud. Comment ni lui, ni des membres de sa cour n’ont attiré l’attention de ces enfants sur cette « maladresse de bonne foi » qui vaut aujourd’hui leur révocation ?  Pourquoi eux et pas d’autres ? Des sanctions sont réclamées, par exemple pour ceux qui se sont agenouillés devant un pasteur étranger à Douala et l’ont par la suite escorté en grandes pompes. Sur un autre plan, au regard de la situation sécuritaire du pays et en particulier celle du Noun, leur département d’origine, des observateurs s’interrogent sur les mécanismes de contrôle mis en place pour surveiller ces jeunes qui retrouvent le monde du chômage, en connaissant manipuler des armes de guerre.

Franklin Kamtche


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