
Policiers et agents de la Communauté urbaine traquent les véhicules qui ne possèdent pas encore d’un numéro d’identifiant. Certains taximen ont décidé de garer leurs voitures mettant en péril le déplacement des usagers. Reportage.
L’esplanade de l’hôtel de ville de Yaoundé était noire de monde ce 7 octobre 2026. Dossiers entre les mains, des chauffeurs de taxi prennent position dans les rangs pour se faire enregistrer. Des longues files d’attente. Les plus fragiles quittent les rangs pour s’asseoir sur les escaliers. D’autres s’adonnent à Morphée dans leurs véhicules garés au niveau du trottoir. En effet, il faut s’armer de patience pour ne pas voir son véhicule en fourrière. Parlant de fourrière, plus de 100 taxis sont dans un enclos de fortune, juste en face des points d’enregistrement. Ces véhicules n’ont pas les documents complets selon une source. Ils sont alors surveillés de près par des policiers. Après la traque dans certains coins de la ville, ces voitures finissent sur ce site. Il en existe plusieurs dans la ville, confie une autre source.
Hors du portail, le spectacle est effrayant. Des centaines de voitures sont stationnées. Même la ruelle attenante à la SIC est parsemée de ces voitures de couleur jaune. La circulation autour de l’hôtel de ville n’est pas fluide. « Tout s’explique. Il n’y a presque pas de taxi en circulation dans la ville. J’ai fait une longue marche à pied avant de trouver une moto. J’ai payé le double du tarif habituel. C’est terrible. On dirait que tous les taxis de la ville sont ici. Dans un pays sérieux, on pouvait avoir une communication officielle. Surtout que Yaoundé n’a pas de système de transport urbain. C’est compliqué », relève Alphonse Noah pour le regretter. Autour de 17 h, l’affluence est intacte. Les uns et les uns bousculent pour se faire enregistrer. Certains déboursent des billets de banque pour avoir la priorité. Un taximan sous anonymat, confie à Le Jour avoir donné 2 000 Fcfa. L’autre parle de 5 000 Fcfa. Des montants difficiles à vérifier.
Le problème
Plus les minutes s’égrènent, plus la tension montent. L’accrochage entre un taximan et un policier à l’esplanade fait courir. Il est allé vers son véhicule garé à la fourrière et subitement les éclats de voix éclatent. Les autres chauffeurs et quelques agents de la communauté urbaine interviennent pour faire retomber les tensions. « Le super maire a décidé que tous les taxis doivent avoir les numéros de portière. Sans ce numéro de portière, le véhicule sera garé jusqu’à ce que tu l’obtiennes. Je suis ici depuis 9h. Je n’arrive même pas à m’enregistrer. Je vais rentrer à la maison », confie un taximan déjà sur le départ. Un autre taximan rencontré sur les lieux se veut explicite : « Les taxis ont garé à cause du numéro de portière. Il était question qu’on s’enregistre au niveau de la communauté urbaine. Le délai était le 5 octobre. La répression devait commencer le 6 octobre. Quand on vous arrête en ville, c’est directement la fourrière. C’est pour cette raison que vous voyez les voitures garées partout. Il n’y a pas de véhicules dehors. Je viens de recevoir mon numéro d’identifiant unique », confie Hermann Dooh, taximan.
Contrairement à lui, de nombreux chauffeurs avec lesquelles nous avons échangé attendent toujours après leur enroulement. James O. est à l’hôtel de ville depuis 9H. Il s’est fait enregistrer la semaine dernière. Jusqu’ici, le quinquagénaire n’a pas encore reçu son numéro. Une attente stressante pour lui au regard du manque à gagner. Car depuis quelques jours, il n’est pas en mesure de travailler malgré tous les documents à sa disposition. Il a failli voir son véhicule aller en fourrière. « Un policier m’a pris. Il voulait envoyer ma voiture en fourrière. On s’est accordé à la camerounaise. J’ai garé mon véhicule non loin d’ici. Mes dossiers sont complets. Mais il faut absolument ce numéro. Un vrai calvaire », tonne-t-il tenant une bouteille de bière entre les mains.
Comment obtenir ce numéro ?
Pour obtenir ce numéro de portière, il faut enregistrer le chauffeur et les dossiers du véhicule. En clair, le taximan présente sa capacité, son permis de conduire et sa carte nationale d’identité. Les pièces de la voiture sont constituées de : assurance, la carte grise, la carte bleue, la licence de transport et l’impôt. Ce dernier fait grincer les dents. « C’est l’IGS qui pose beaucoup de problèmes aux gars. C’est un impôt qu’on a décidé de mettre en place depuis un moment. On n’était vraiment pas informé. Certains ont payé et les montants varient. J’ai payé 24 milles Fcfa pour deux trimestres. La communauté urbaine se fait beaucoup d’argent dans cette opération. Qu’elle nettoie seulement la ville et ramasse les ordures », explique un chauffeur à Le Jour. Une affluence de dernière minute justifiée par certains chauffeurs comme un manque de communication de la part de la communauté. « On a reçu l’information tard », tonne un taximan. Faux, rétorque Ousmane, promoteur de taxis. En effet, il a trois voitures dans la ville de Yaoundé. Il dénonce le manque de sérieux de certains taximen. « On a eu trois mois pour s’enregistrer. Les agents de la communauté ont passé le temps ici à ne rien faire. Certains attendent la dernière minute. Je dois relever une chose, cette opération est mal pensée. Est-ce que vous savez que plusieurs taximen se sont fait enregistrer, mais leurs véhicules sont à la fourrière ? Ils vont payer 30 milles Fcfa pour les retirer. C’est injuste. Il faut dénoncer cette manière de faire ». Et d’ajouter : « Quand tu circules, le policier ne veut rien comprendre. Il t’interpelle et conduit le véhicule en fourrière. C’est vrai, il a les instructions. À qui la faute ? Quand on s’enregistre, on doit avoir un élément justificatif. Mais il faut attendre que le système génère le code. Certains attendent pendant des jours. C’est un manque à gagner ».
Ces chauffeurs de taxis n’ont pas profité des trois mois d’enregistrement gratuits offert par le maire de ville, à en croire le Dr Jean Patrick Mfoulou Olugu, chef de Cellule des Transports et de la Mobilité à la Communauté urbaine de Yaoundé. Ils ont attendu la dernière minute. Selon lui, la capitale compte environ 30 mille taxis en circulation. Plus de 20 milles sont déjà identifiés jusqu’ici. « Ceux-ci sont des retardataires. Ils n’ont pas pu s’enregistrer pendant la phase pilote. Ils doivent prendre leur mal en patience. Les dispositions ont été prises pour accélérer les enregistrements. Ils peuvent s’enregistrer également à Yaoundé 4 et Yaoundé 3 », explique-t-il.
La sécurité au cœur de l’opération
Force est de constater que certains véhicules n’ont pas de papiers. Cette opération d’enregistrement a trois objectifs principaux : la sécurité, éviter les doublons afin de savoir qui est chauffeur et qui est propriétaire et l’assainissement du secteur, car certains véhicules n’ont pas de documentation. Cette plateforme est un indicateur qui permet, selon le Dr Jean Patrick Mfoulou Olugu, d’avoir une idée globale sur les propriétaires des véhicules, la validité des documents intégrés, l’âge du véhicule, etc. Une mesure louable pour la communauté urbaine, mais diversement appréciée par les Yaoundéens. Certains y voient juste un moyen pour la communauté de se faire un peu d’argent. « L’idée est bonne, mais on n’a pas les moyens. Il faut scanner le numéro avant d’entrer dans un taxi ? Avec quelle connexion ? En plus il faut avoir des téléphones appropriés. Il faut permettre à chacun de se faire enregistrer même à la maison. Je pense que ça permet à la communauté de renflouer ses caisses. Pour la sécurité, on a besoin des caméras, de bonnes routes et des axes éclairés. Ce processus est lourd et pénalise les usagers », commente Geneviève Ngock. Par contre, Anicet Onana n’y voit pas de problème. Pour lui, « il est important d’assainir car certains braqueurs utilisent des taxis pour opérer la nuit. Il faut sensibiliser les populations sur l’importance de ces numéros ». Quel que soit le bout par lequel on aborde la question, la communauté urbaine n’est pas prête à faire marche arrière. La machine est lancée et la fourrière attend les véhicules non identifiés. Au niveau des arrêts taxi, les usagers attendent.





