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Pr Henri Tedongmo Teko : « Briser les frontières de l’ignorance au profit d’un vivre-ensemble effectif »

Pr Henri  Tedongmo Teko

Sociologue à l’université de Yaoundé I, il explique comment l’agriculture pratiquée par les déplacés internes dans les localités comme Obala ou Sa’a, favorise leur intégration sociale, mais aussi la cohésion entre communautés, tout en mettant en garde contre les risques de tensions liés à cette nouvelle cohabitation.

 

Comment analysez-vous le rôle de l’agriculture comme facteur d’intégration pour les déplacés anglophones ?

La crise sécuritaire qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a donné lieu à des déplacements massifs et réguliers des populations, vers d’autres régions du pays. Installées loin de leurs terres et désormais contraintes de s’inscrire dans une logique de survie, ces populations se sont investies dans plusieurs activités. Le choix de la pratique de l’agriculture dans les zones d’accueil par une bonne partie de ces populations est principalement lié à leur expérience dans le secteur agricole. Leur présence dans des zones ayant un potentiel agricole a significativement contribué à booster la production et surtout à améliorer qualitativement et quantitativement la main d’œuvre, nécessaire à l’exploitation des grandes superficies et à la semi-transformation des produits des champs. Par cette implication dans la vie socioéconomique des zones d’accueil, les populations en provenance des zones en crise se sont progressivement constituées un capital de sympathie. Ce qui leur a permis de s’intégrer facilement et même de devenir, pour certains, des membres à part entière des communautés qui exprimaient pourtant, à leur arrivée, des réticences et de la méfiance. En d’autres termes, par leur travail acharné de la terre, les déplacés dans leur grande majorité ont su gagner la confiance des sociétés d’accueil. Leur investissement dans le secteur agricole est un facteur important de reconfiguration du secteur agricole, des habitudes de consommation, de la conjugalité et de l’économie de plusieurs environnements sociaux.

En quoi le travail de la terre peut-il contribuer à la paix et à la cohésion sociale ?

Le travail de la terre est d’abord une activité sociale. Elle suppose des interactions entre les individus. Elle permet à ceux qui travaillent et à ceux qui emploient de se côtoyer, d’échanger et de mieux se connaître. C’est une activité dont la pratique repose sur la confiance. On ne confie pas son champ à n’importe qui. De même, on ne confie pas ses récoltes à n’importe qui. Confier son champ à quelqu’un, c’est comme lui confier sa vie. À l’occasion du travail de la terre, surtout lorsqu’il est effectué de façon rudimentaire, il se crée nécessairement un lien entre les travailleurs et la communauté dans laquelle ils exercent. Les travailleurs de la terre constituent, pour les communautés d’accueil, une clientèle non négligeable. Ils contribuent ainsi à animer le quotidien de ces communautés par leur présence et par leur expérience. Les interactions sociales prennent ici, la forme d’un brassage culturel qui enrichit à la fois les communautés d’accueil et les communautés des déplacés. Ce qui brise les frontières de l’ignorance au profit d’un vivre-ensemble effectif et dépouillé des préjugés et des clichés.

Quels risques ou tensions peuvent néanmoins surgir (conflits fonciers, concurrence économique) ?

Les interactions entre les humains impliquent nécessairement des conflits qui peuvent prendre diverses formes et s’exprimer avec plus ou moins de violence. Il est du rôle des instances de la régulation sociale et du contrôle social, d’intervenir tout en veillant au respect des intérêts des différentes parties prenantes. Dans certaines zones d’accueil, on a observé une augmentation des cas de criminalité depuis l’arrivée des populations déplacées. Mais dans la plupart des cas, c’est à travers des initiatives et mesures concertées que des solutions ont pu être trouvées. Il en est de même des conflits fonciers et de toutes les autres formes de conflit qui découlent généralement des incompréhensions. Il revient donc aux autorités de créer des cadres de concertation, afin que la sécurité d’une communauté soit une affaire de tous.

 

                       

 

 

 

 

Marie Laure Mbena


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