Interview

Edith Kah Walla : « Les élections au Cameroun, c’est du cinéma »

Kah Walla

La présidente du Cameroon People Party (CPP) qui demande une coalition pour un bon système électoral évoque la question du bulletin unique et fustige la présence des mineurs et personnes décédées connues dans le fichier électoral.

 

Pourquoi Kah Walla n’a pas déposé de candidature pour l’élection présidentielle de 2025 ?

D’abord, je vais être claire. Kah Walla a des ambitions pour être présidente de la République du Cameroun. C’était mon ambition en 2011. Ça reste mon ambition. Mais maintenant avec mon expérience électorale au Cameroun. J’ai fait trois élections, dont deux municipales et législatives et la présidentielle de 2011. Il faut savoir que tous les deux municipales et législatives, nous avons gagné. J’ai été conseillère municipale par deux fois. Mais l’expérience de ces trois élections nous démontre que les élections au Cameroun, c’est du cinéma. C’est une charade. Nous sommes des acteurs dans un jeu où le Rdpc confond son parti avec l’Etat du Cameroun et nous pousse comme les pions. S’il veut que vous gagniez un peu et que vous ayez quelques sièges dans telle mairie, on vous concède ça. S’il ne veut pas, il vous bloque complètement. Les choses à notre avis sont devenues même pire qu’en 2011. Nous avons aujourd’hui un Minat qui est ouvertement un biayiste. Les gens oublient que quand le vote sort des bureaux de vote, il quitte les mains d’Elecam et entre maintenant entre les mains du Minat. C’est le sous-préfet qui est président de la commission électorale communale. La commission départementale, même si c’est un magistrat qui est président, le préfet, sa présence est prépondérante. Donc nous allons aller à l’élection avec une institution qui a un parti pris pour un candidat ? Ça va se passer comment ? Nous avons un Minat qui entre à l’intérieur de nos partis politiques et il le dit. L’autre jour il l’a dit à la télé. C’est incroyable. Avec ces dires, dans un pays normal, on devrait le virer le lendemain. Il dit ouvertement que je suis en train de tripatouiller. Que c’est moi qui décide qui sera candidat et dans quel parti. Et vous voulez qu’on participe à quoi là ? On a la Cour constitutionnelle. Donc, disons que vous allez passer toutes les étapes du mauvais fichier d’Elecam, des mauvaises conduites des votes dans le bureau de vote, des comptes dans lequel le Minat est impliqué et que vous arrivez finalement à la promulgation des résultats. Est-ce qu’un Conseil constitutionnel qui refuse d’entendre tous les recours qui ont été mis devant ce conseil constitutionnel, les plus évidents. On va devant le Conseil pour dire que Elecam doit publier le fichier électoral, la Cour dit qu’elle n’est pas compétente. Elle a suggéré d’aller vers où ? C’est la plus haute institution juridique du pays.

 

Dans votre sortie d’aujourd’hui (jeudi 24 juillet) à Douala, vous n’entendez pas rester passive et annoncez des actions. Lesquelles et pour quels objectifs ?

Nous, on dit qu’il faut travailler sur les éléments structurés qui font défaut et qui sont à l’origine de la fraude électorale. Donc, il faut travailler sur Elecam. Nous, on va mener une action pour demander directement à Elecam de nous publier la liste telle que la loi le prévoit et de nous accorder une séance de travail. On doit comprendre comment ils sont en train de travailler là-bas. Nous venons de vous montrer des éléments du fichier. Il y a des personnes décédées dans le fichier, des personnes décédées connues de tous comme Bernard Njonga, David Etoo, entre autres. Ça, c’était des deuils, on peut dire presque nationaux. Et ces personnes-là sont encore dans le fichier électoral. Nous avons des mineurs dans le fichier. Nous avons des inscrits avec des irrégularités. Celles et ceux qui n’ont pas de photos. Donc Elecam nous doit des explications. Ce n’est pas le fichier électoral de Elecam, c’est le fichier des Camerounais. Donc quand Elecam nous parlent de toilettage, ils le font où et comment. Et nous, on comprend. Ils peuvent avoir certaines difficultés techniques, parce que, par exemple, en ce qui concerne le décès, il n’y a pas à notre connaissance de fichier national des personnes décédées au Cameroun. Donc, on peut imaginer qu’ils ont des difficultés à identifier même les personnes qui sont les décédées. Et quand ce sont des personnes connues comme ça, on peut identifier. Mais quand c’est Monsieur Lambda qui est décédé et qui ne devrait plus être dans le fichier comment ils font ? Qu’ils nous expliquent.

Vous indiquez que ce sont des irrégularités déjà dénoncées en 2014 ? …

Oui, il y a des mineurs sur la liste électorale qui étaient mineurs en 2014. Et ça a déjà été porté à l’attention d’Elecam. Elecam nous a dit qu’entre 2011 et 2018, le nombre d’électeurs a baissé, parce que le nombre total d’électeurs a baissé entre 2011 et 2018. Ce qui est une anomalie. L’explication d’Elecam était que c’est parce qu’ils ont fait du toilettage. Et à ce moment-là, on leur avait signalé des mineurs dans la base de données. Ils ont dit avoir toiletté. Et si ces mineurs signalés en 2014 sont encore dans la base de données aujourd’hui, c’est que la question du toilettage se pose. Et en réalité, on ne sait pas. Ça ce sont des cas que nous avons pu trouver. Mais on ne sait pas. On n’a pas tout le fichier devant nous. On n’a pas tous les éléments devant nous.

Vous appelez tout le monde à jouer un rôle majeur lors de cette élection présidentielle. Mais lequel ?

Le rôle majeur, les Camerounais aiment le mot coalition. Faisons une coalition, mais pas pour une candidature unique. Faisons la coalition pour un bon système électoral. Ça veut dire que nous menons des démarches pour dire à Elecam ouvrez nous le fichier électoral qu’on voit, qu’on comprend ; Donnez-moi une séance de travail. C’est l’ensemble des Camerounais qui devrait exiger ça. Tout le monde devait signer cette lettre. Les évêques ont dit que le système électoral est mauvais. Ils doivent être signataires de la lettre. Les candidats ont dit que le système électoral est mauvais, ils doivent être signataires de la lettre. Les associations, les partis politiques, toute la société civile. Il faut qu’on agisse ensemble. Il y a des actions collectives qui doivent être menées par rapport au système électoral. Pas par rapport à un individu candidat ou par rapport à un parti politique candidat, mais par rapport au système électoral. C’est le système électoral qui appartient à tous les Camerounais. Le candidat appartient à son parti et à ses militants et supporters. Aucun candidat ne va jamais faire l’unanimité de tous les millions de Camerounais que nous sommes. Mais par contre, le système électoral lui doit faire l’unanimité. J’aime toujours utiliser la logique du football comme les Camerounais aiment bien le foot. Quand on entre sur un terrain de football, on est d’accord sur comment les lignes ont été tracées. On est d’accord sur comment les filets ont été posés. On est d’accord sur qui sont les arbitres pour ce match. S’il n’y a pas d’accord à ce niveau-là, le match ne peut pas être joué.

Vous parlez de terrain qui n’est pas propice pour qu’on parle d’élection ou de candidature et vous évoquez la transition politique. Comment celle-ci sera possible s’il n’y a pas élection ?

La transition politique, c’est le projet politique de Stand Up For Cameroon depuis 2014. Nous sommes très contents aujourd’hui parce que tous les candidats parlent maintenant de transition politique. Donc ça, c’est déjà un pas de gagné. Et nous parlons de transition politique pourquoi ? Parce que les problèmes du Cameroun ne sont pas des problèmes de changement de personnes. De dire que Biya n’est plus là aujourd’hui et vous le remplacez par Jean ou Pierre. Non. Les problèmes du Cameroun sont vraiment dans les fondations, dans les piliers fondateurs de notre pays. Le problème du Cameroun, c’est comment la partie anglophone et la partie francophone vont se mettre ensemble et vivre dans un seul Cameroun, et construire une identité où, d’ici cinq ou dix ans, on ne parle plus d’anglophone et francophone, on parle tout simplement de Camerounais. Les problèmes du Cameroun sont dans comment est-ce que le Nord qui pleure depuis des décennies qu’ils n’ont pas les choses les plus élémentaires. L’Est, ou quand vous visitez ces zones du pays, vous vous posez la question, si c’est encore le Cameroun. Comment est-ce que ces zones ont été marginalisées pendant des décennies. Nous sommes encore dans un Etat colonial. C’est-à-dire un Etat où le citoyen n’est pas au centre des décisions. C’est les décideurs qui sont au centre des décisions. Nous avons besoin d’inverser ça complètement et de dire que c’est le citoyen qui doit être au centre. Maintenant, si le citoyen est au centre, immédiatement, ça nous amène au fédéralisme, parce que ça veut dire que le Camerounais qui est à Meiganga doit ressentir l’Etat de la même manière que le Camerounais qui est à Limbé ou à Douala, à Yaoundé. Et ça, ça veut dire qu’on doit décentraliser l’Etat. Que l’Etat doit se rapprocher de ce citoyen-là. Ça veut dire que l’État doit être performant. Qu’on ne peut pas accepter d’être pendant des années, des décennies dans des zones qui n’ont pas accès à la moindre des choses.

Un de vos combats c’est la réduction du délai d’attente de la promulgation des résultats de l’élection. Comment allez-vous procéder ?

Ce sur quoi on va se concentrer. Parce que la réforme du système électoral c’est une réforme globale qu’il faut dans le cadre d’une vraie transition politique. Mais on se pose la question qu’est-ce qu’on peut faire maintenant pour faire avancer des choses ? On peut se concentrer sur le bulletin unique. Tous les rapports qui ont suivi les élections du Cameroun ont pour recommandation le bulletin unique. Comme aucun bulletin n’est imprimé à la date où nous sommes, ça veut dire qu’avant le 12 octobre, on peut imprimer le bulletin unique pour nous permettre d’éliminer la fraude que nous connaissons tous avec le bulletin multiple. Nous pouvons tous exiger que les délais de promulgation soient réduits. Qu’est-ce que le Cameroun est en train de faire pendant deux semaines avant de donner des résultats d’une élection présidentielle. C’est incompréhensible. Dans tous les pays du monde, ces délais-là, il y a des pays où vous finissez de voter à 18h et à partir de minuit, il y a déjà les résultats. Il y a des pays où ça prend 48h, 72h au trop. Plus personne sur cette terre ne fait une semaine pour livrer les résultats d’une élection. Il y a quelques exceptions, sauf les gens qui sont justement en train de tripatouiller. Parce qu’il n’y a rien que quelqu’un est en train de faire pendant une semaine, sans parler de deux, en dehors d’arranger les choses afin que ça sorte comme il veut. Donc voilà des questions sur lesquelles on doit mettre la pression sur le gouvernement. Ces institutions que nous avons citées, Elecam, Minat, Conseil constitutionnel pour dire cette situation est inacceptable et nous voulons autre chose. Mais si les Camerounais laissent Stand Up For Cameroon mener ce type d’action, la seule chose qu’ils vont nous dire c’est que vous, vous représentez d’abord qui ? On nous dira que les Camerounais n’ont pas de problèmes avec les élections. Que la preuve, ils n’ont rien dit, n’ont rien fait. Et c’est pour ça que nous avons aussi demandé aux gens une action simple, claire que vous pouvez faire à partir de demain, c’est le vendredi en noir. Si vous n’avez jamais fait le vendredi en noir, c’est le moment de commencer. Si vous faisiez avant et que vous avez relâché, voici le moment de reprendre et protester contre ces mauvaises élections que le régime Biya est en train de nous servir. Ils sont en train de vous manipuler d’une manière extraordinaire.

Mathias Ngamo Mouendé


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