
Dans une tribune, le journaliste Sidney Fale Wache, spécialiste des questions agricoles montre comment le Centre National d’Etudes et d’Expérimentation du machinisme agricole (CENEEMA) peut se développer sous le leadership des femmes.
La 41ème édition de la journée mondiale des droits de la femme a été célébrée le 8 mars dernier. Cette célébration intervient dans un contexte particulier. Le Cameroun se trouve à la croisée des chemins, où la rhétorique de l’autonomisation est confrontée quotidien nulle part plus qu’au sein du secteur agricole. Le Centre National d’Etudes et d’Expérimentation du machinisme agricole (CENEEMA) sous la direction d’Andrée Caroline Mebande est devenu un point focal des ambitions nationales pour moderniser l’agriculture et promouvoir l’entrepreneuriat féminin. Pourtant le parcours mitigé de l’agence invite à une réflexion plus profonde : le rêve d’un progrès agricole inclusif, sous la houlette des femmes leaders, se réalise-t-il vraiment ou bien des obstacles systématiques continuent-ils de saper toute avancée réelle ?
La transition à la tête du CENEEMA en 2019 a été largement saluée comme une avancée majeure pour les femmes dans la fonction publique et comme l’ouverture d’une nouvelle ère pour la modernisation agricole. Avec 80% de son parc de machines réhabilité et de nouveaux hubs régionaux mis en place, l’agence a accompli des avancées notables vers la réalisation de son mandat (Business in Cameroon). Ces efforts sont significatifs dans un secteur longtemps marqué le sous-investissement et l’inefficacité. Cependant pour les agricultrices et entrepreneures qui constituent la colonne vertébrale de l’économie rurale camerounaise, la promesse de réforme demeure à bien des égards, inachevé. Les témoignages récurrents de retard ou de pannes d’équipements de contrats non respectés et d’une inertie bureaucratique nourrissent les doutes quant à la capacité de l’agence à fournir un appui tangible. Pour les femmes, déjà confrontées à des obstacles disproportionnés dans l’accès à la terre, au crédit et à la formation technique, ces défaillances sont particulièrement lourdes de conséquences. Saisons de plantation ratée set investissements perdus ne sont pas de simples erreurs administratives : ils représentent des reculs personnels et collectifs qui freinent l’innovation, limitent la productivité la confiance publique. La question n’est donc pas uniquement de savoir si le leadership féminin peut porter le changement, mais si les structures institutionnelles permettent à ce leadership de réussir.
Si la campagne de modernisation du CENEEMA marque un pas en avant, les recherches montrent que seuls 13% des agriculteurs camerounais dont la majorité, sont des femmes ont accès au crédit agricole, et que la plupart continuent d’exploiter des petites parcelles sans disposer des ressources nécessaires à leur développement (Academia.edu). Ces faits suggèrent que les barrières rencontrées par les femmes dans l’agriculture sont ancrées non seulement dans le leadership, mais aussi dans des schémas systématiques de sous financement d’infrastructures inadéquates et de manque de redevabilité. L’expérience des femmes entrepreneures agricoles rappelle avec force que les nominations symboliques, bien qu’importants, ne suffisent pas. Le véritable progrès dépend d’institutions transparentes, réactives, et réellement engagées auprès de celles et ceux qu’elles sont censées servir.





