
Le projet de prorogation du mandat des députés soulève de sérieuses préoccupations d’ordre constitutionnel et démocratique.
PROLONGATION DU MANDAT DES DÉPUTÉS : UNE ÉPREUVE POUR NOTRE ENGAGEMENT DÉMOCRATIQUE
Le projet de loi actuellement soumis au Parlement visant à proroger le mandat des députés du 31 mars au 20 décembre 2026 soulève de sérieuses préoccupations d’ordre constitutionnel, démocratique et de gouvernance qui ne peuvent être ignorées.
Certes, l’article 15(4) de notre Constitution permet une telle prorogation en cas de crise grave ou lorsque les circonstances l’exigent. Toutefois, cette disposition n’a jamais été conçue pour devenir un outil de convenance administrative ou un mécanisme de facilité politique. Les justifications avancées — notamment les contraintes financières et la nécessité d’une meilleure préparation des élections — ne constituent pas, en elles-mêmes, une « crise grave » au sens de la Constitution. Elles soulèvent plutôt des questions plus profondes relatives à la planification, à la gouvernance et aux priorités de l’État.
La démocratie ne saurait être une question de convenance. Elle repose sur le droit fondamental des citoyens de choisir leurs représentants à des échéances régulières et prévisibles. Tout report du processus électoral, surtout lorsqu’il prolonge le mandat des élus sans renouvellement du mandat populaire, doit être abordé avec la plus grande prudence.
Nous devons nous interroger :
Sommes-nous en train d’instaurer un précédent où les calendriers électoraux deviennent flexibles au gré de ceux qui détiennent le pouvoir ?
Sommes-nous en train de banaliser des prorogations qui érodent progressivement les garanties constitutionnelles ?
Le Cameroun fait déjà face à des préoccupations croissantes en matière de confiance institutionnelle, de crédibilité électorale et de participation citoyenne. De telles décisions risquent d’affaiblir davantage la confiance du public dans notre système démocratique. Si des défis logistiques ou financiers existent, la solution ne réside pas dans le report de la démocratie, mais dans le renforcement de nos institutions, l’amélioration de la planification électorale et une gestion transparente et responsable des ressources publiques.
En ce moment crucial, le Parlement doit s’élever au-dessus des considérations partisanes et agir dans l’intérêt supérieur du peuple camerounais. L’intégrité de notre ordre constitutionnel et la crédibilité de notre démocratie en dépendent. La démocratie ne doit pas être retardée. Elle doit être défendue.
Nkongho Felix Agbor « Agbor Balla »
Avocat | Défenseur des droits humains




