
Au 22 janvier 2026, 3 ans jour pour jour après la découverte du corps mutilé du journaliste, l’opinion nationale et internationale reste dans le flou. Toutefois, la dernière audience a levé un pan de voile sur l’affaire et notamment sur le rôle de la Dgre et de son patron de l’époque, le commissaire divisionnaire Léopold Maxime Eko Eko.
Le dimanche 22 janvier 2023, le Cameroun basculait dans l’horreur. Ce jour-là, la dépouille d’Arsène Salomon Mbani Zogo, plus connu sous le nom de Martinez Zogo, était retrouvée dans un état de décomposition avancé sur un terrain vague et nu à Ebogo, une localité située à une quinzaine de kilomètres de Yaoundé. L’homme de 51 ans, chef de chaîne de la radio Amplitude FM, avait été enlevé cinq jours plus tôt, le 17 janvier, par des hommes cagoulés alors qu’il tentait de se réfugier devant le poste de gendarmerie de Nkol-Nkondi. Trois ans plus tard, le dossier reste une plaie ouverte dans le paysage médiatique et politique camerounais. Le corps du journaliste, nu et mutilé lors de sa découverte, demeure scellé à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé. Une situation insupportable pour sa veuve, Diane Zogo, qui s’est recueillie ce mercredi en l’église d’Etoudi. « Que les véritables assassins de Martinez soient punis pour ce qu’ils ont fait. Mais je ne crois pas à la justice des hommes. Je crois à la justice divine. Nous ne pouvons pas faire le deuil tant que le corps est encore scellé », a-t-elle déclaré au micro de nos confrères de RFI.
Léopold Maxime Eko Eko innocenté?
Toutefois, le procès ouvert depuis le 24 mars 2024 au Tribunal militaire de Yaoundé commence à déblayer quelques pistes. La dernière audience notamment, qui a vu le témoignage de deux cadres de la Dgre, a levé un pan de voile sur l’affaire et notamment sur le rôle de la Dgre et de son patron de l’époque, le commissaire divisionnaire Léopold Maxime Eko Eko. À la suite de ces témoignages, il apparaît que l’opération qui a conduit à la mort du journaliste n’a jamais été une opération officielle de la Dgre. Au tribunal militaire de Yaoundé, le 5 janvier 2026, le commissaire divisionnaire Elong James, ancien directeur des opérations de la DGRE, a tenu à apporter des éclaircissements sur l’implication de la DGRE dans l’affaire Martinez Zogo. Selon lui, cette affaire était inconnue de la DGRE et la manière d’agir ou le casting ne correspond pas aux méthodes de la DGRE. Selon James Elong, il est impossible pour un directeur des Opérations de prendre un moyen logistique comme un véhicule dans une base de la DGRE sans l’autorisation préalable du DG. Il a déclaré : « Non, c’est impossible, car on ne peut pas déshabiller une base alors que le directeur des opérations a le magasin et l’armurerie à côté de son bureau. La seule chose à faire est d’obtenir une autorisation au préalable du DG ». James Elong a ajouté que lorsque les agents partent en mission, il est possible de savoir si l’ordre vient du DGRE ou pas à travers le sentiment, car il y a des usages et des pratiques qui peuvent servir de guide.
L’affaire Martinez Zogo ne venait pas de la DGRE
In fine, le commissaire divisionnaire Elong James affirme que l’affaire Martinez Zogo ne venait pas de la DGRE et que les moyens logistiques utilisés étaient externes. Il est clair que cette affaire présente de nombreuses anomalies et approximations qui nécessitent des éclaircissements supplémentaires. Mardi 6 janvier, Mme Moundie, ingénieur des télécommunications, ex-chef de la Division de la surveillance électronique, a elle aussi fait une déposition saisissante.
« Le Directeur général de la Dgre n’était pas au courant »
Mme Moundie a soutenu que ces informations ont été produites et fournies par ses collaborateurs à la demande du lieutenant-colonel Justin Danwe, Directeur des opérations à l’époque des faits, sans qu’elle n’en soit informée, a-t-elle indiqué au tribunal. « Je pense que le Directeur général n’était pas au courant», a-t-elle, appuyé, avant d’indiquer que « la fiche technique de Martinez Zogo n’est pas passée par les canaux habituels de la Dgre». Pour cela, des demandes d’explications ont été servies aux intéressés, qui sont accusés dans cette affaire. L’audience reprend le 26 janvier prochain avec la suite de l’audition des témoins du ministère public. En rappel, 17 personnes, toutes présumées innocentes, ont été renvoyées devant le tribunal militaire de Yaoundé par le juge d’instruction, le colonel magistrat Perin Narcisse Nzie, pour divers motifs dans l’affaire de l’enlèvement, de la torture et de l’assassinat de Martinez Zogo des faits survenus entre le 17 et le 22 janvier 2023.





