
Le président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) revient sur les faits ayant marqué la finale Sénégal contre Maroc et pose son regard sur le chantier de l’amélioration de l’institution Caf.
Revenons sur cette finale de CAN âprement disputée, jusqu’à la dernière minute. Penalty et stupeur, dans le camp sénégalais, avec les joueurs qui sont allés dans les vestiaires puis, sont revenus. Le penalty est tiré et manqué par le Maroc. Le Sénégal finit par l’emporter. Quel est votre avis sur cette finale ?
Permettez-moi de féliciter le Sénégal, qui mérite sa victoire. Que ce soient les joueurs, que ce soient les supporters, ce magnifique groupe est allé chercher sa victoire. Maintenant, sur les faits de jeu qui ont marqué cette finale, et j’espère que nous allons travailler pour améliorer notre institution, afin que nous n’ayons plus ces images, parce que, je pense qu’on aurait pu éviter ce qui s’est passé hier (dimanche, ndlr).
Vous voulez parler de la Confédération africaine de football (Caf). Pour vous, c’est elle qui est responsable du chaos lors de cette finale ?
Je ne suis pas en train d’accuser. Mais, si j’accuse la Caf, je serai en train de m’accuser moi-même, parce que je fais partie de toutes ces personnes qui ont le privilège de prendre toutes ces décisions pour le football de notre continent. Ce que je suis en train de dire, c’est que, comme nous sommes en train de faire depuis un certain temps, il faut qu’on continue à améliorer notre institution, afin qu’elle soit au-dessus de tout, et qu’elle soit encore un peu plus forte.
Mais, qu’est-ce qui a été un problème, selon vous ? L’arbitrage, qui s’est passé sur le terrain, ce qui s’est passé dans les tribunes, la gouvernance ? Qu’est-ce qui a gâché la fête ?
Gâcher la fête, si vous le dites, c’est comme si la fête n’était pas belle. Permettez-moi aussi de m’arrêter et d’adresser mes félicitations au président Fouzi Lekjaa, qui s’est investi personnellement pour offrir à la Caf, des installations magnifiques, afin qu’on ait une CAN relevée, au niveau de la logistique. Comme président du Cameroun, j’ai eu l’occasion de le parcourir. Mais, je dis devant le monde, au peuple marocain et au président Fouzi Lekjaa, merci pour ce qu’il a offert à la Caf afin que nous ayons une CAN au niveau que nous souhaitons avoir. Maintenant, au niveau des faits de jeu, on reste des humains et je ne souhaite pas venir ici accuser des arbitres. Mais, il y a eu des faits de jeu qui ont marqué cette Can à jamais. Maintenant, il revient à la Caf de prendre ses responsabilités et de voir ce qui a moins fonctionné, afin de prendre des décisions qui s’imposent, pour que nous n’ayons plus des faits de jeu qui prennent le dessus sur ce qui nous intéresse tous, le jeu.
Des faits de jeu, ça veut dire des erreurs d’arbitrage…
Ah oui. Des erreurs d’arbitrage. Mais, nous disons que les arbitres restent des humains, parce qu’ils restent comme vous et moi.
Est-ce que vous auriez pris la même décision que le sélectionneur sénégalais, qui dit à ses joueurs au moment du penalty : on sort du terrain ? Ils sortent pendant 10 minutes, sachant qu’ils auraient pu perdre sur tapis vert, s’ils n’étaient pas revenus ?
J’ai été sanctionné à quatre matchs, parce que j’ai refusé de prendre cette décision. Les émotions, parfois, sont incontrôlables et, pendant notre rencontre Cameroun – Maroc, il y avait beaucoup d’émotions et un de mes compatriotes m’a suggéré de retirer l’équipe. Et sur un coup de tête, j’aurais pu prendre cette décision-là. Je ne pense pas que je vais accuser le sélectionneur sénégalais. Au contraire, il a eu le courage de défendre son équipe. Il faut prendre ce risque-là. Et au final, le Sénégal gagne et c’est ce que je vais retenir. Ceux qui sont chargés de regarder ce qui n’a pas été prendront leurs responsabilités. Toujours est-il qu’il y a des émotions dans un match de football et il faut que l’on comprenne qu’il y a des émotions et tout faire pour que ces émotions ne débordent. Tout faire, c’est que nous avons peut-être la VAR. Ça ne nous coûte rien d’aller vérifier les faits de jeu et je pense qu’à un moment donné, si on vérifie ces faits de jeu, nos émotions seront beaucoup mieux contrôlées.
Le capitaine Sadio Mané n’a pas pu contenir les joueurs. Mais, ils ont fini par gagner et donner raison, parce que si on sort du terrain, ç’aurait pu être très grave…
Sadio Mané, c’est l’un des plus grands champions de notre continent. Et vraiment, mention spéciale à l’homme qu’il est et j’ai le privilège de l’avoir comme ami. Je dis, ce qu’il a fait pour amener ses coéquipiers vers la victoire est exceptionnel. Et j’espère qu’il gagnera un autre Ballon d’or avec ce qu’il a fait. Et le geste qu’il fait hier (dimanche, ndlr), c’est celui de grand leader. Mais, je dis une fois de plus, on ne va pas accuser les autres, parce qu’ils ont peut-être demandé à un moment donné, aux joueurs de sortir du stade. Vous êtes là, avec plusieurs émotions qui vous traversent l’esprit et parfois vous vous dites : c’est injuste ce qui se passe.
Propos recueillis par France 24 et retranscrits par A.C





