Kisito Eloundou : « Il faut que le Cameroun arrête avec les improvisations »

Kisito Eloundou

Notre expert et entraîneur de football fait une analyse de la prestation des Lions Indomptables face au Maroc et parle des leçons à tirer suite à l’élimination de la sélection nationale.

 

Le Cameroun sort de la compétition face au Maroc, battu 0-2. Selon vous, les Lions ont-ils mérité cette défaite ?

Battus 2 à 0 face au Maroc. Les Lions ont mérité cette défaite dans la mesure où, véritablement, ils n’ont rien proposé face à cette équipe marocaine. Lorsque vous avez les statistiques d’aucun tir cadré durant tout un match où on a vu pratiquement un avant-centre qui a touché quelques ballons dans l’animation défensive, on revient simplement à conclure que les Lions ont été en difficulté et je pense que c’était prévisible face à cette équipe marocaine très expérimentée et qui a déjà un indice de compétitivité assez élevé par rapport à notre jeune équipe qui, malheureusement est arrivée dans cette compétition comme un des retenus. Ils n’étaient pas prédisposés eux-mêmes à faire cette compétition du moment où nous savons bien ce qui s’est passé en interne et donc, avec tous les cadres qui ont été exclus, il était de bon temps que ces enfants puissent afficher un visage face à une équipe costaude comme ça. Mais je pense qu’ils méritent quand même les encouragements, parce que personne ne les attendait au niveau des quarts finales. Ils se sont battus comme ils pouvaient avec tout le monde qui était nouveau même si le coach était déjà dans la tanière par le passé.

On a remarqué que les Marocains avaient disséqué le jeu des Lions au point de leur empêcher les sorties de balles par nos milieux de terrain. À partir de ce moment, y avait-il une réponse tactique à opposer à ces Marocains pour déjouer leur stratégie pour se montrer dangereux dans ce match quand on sait que le gardien Bounou n’a pas été inquiété même une seule fois ?

Lorsqu’on met un système de jeu ; le système de jeu, c’est le dispositif des joueurs sur le terrain. Et derrière ça, il y a maintenant l’animation qui accompagne ce système de jeu. Quand vous mettez trois défenseurs, cinq milieux de terrain et deux attaquants, c’est une forme d’entonnoir qui voudrait qu’il y ait un gardien. Les trois défenseurs centraux sont là et les cinq milieux qui élargissent carrément, ils occupent largement le terrain. Ça veut dire que nous sommes en animation défensive, nous sommes prêts à replier, on ferme sur les côtés immédiatement dès que nous avons perdu un ballon et on garde la densité à l’intérieur. Parce qu’il y a deux murs. Celui des trois défenseurs centraux et les trois qui sont développés, devant cette défense centrale. C’est-à-dire qu’on avait Nouhou Tolo, Kotto et puis Che Malone et devant eux, on retrouvait Avom, Baleba et Namaso. Donc c’était un double mur qui a concouru à mettre les équipes, à les amener à ne pas facilement atteindre nos 16 mètres, en développant le jeu. Donc, il fallait juste nous prendre légèrement derrière le piston pour créer des ballons qui vont arriver dans le dos de la défense. Et c’est là où nous étions vulnérables. Donc, les Marocains ont compris que les Lions Indomptables étaient très difficiles à jouer sans ballon. Je pense que dans le travail qu’a développé le staff technique dans ce système-là, ils ont beaucoup plus actionné l’animation défensive. Donc, nous étions plus dangereux quand nous étions sans ballon. Et c’est pour ça que lorsqu’on récupérait, les transitions en vitesse étaient organisées et enclenchées par Mbeumo et qui devait donc attirer, aller fixer l’adversaire. Et pour maintenant servir un partenaire qui est dans la zone de déséquilibre, de l’adversaire. Les Marocains ayant lu ça, ils ont compris qu’il fallait laisser le ballon aux Lions Indomptables pour qu’ils soient vulnérables. Ils venaient juste presser le porteur de balle. Comme ils avaient compris que les sorties passaient par Baleba. Et ils ont misé sur le pressing sur Baleba en le poussant à l’erreur. Or, lorsque Baleba avait le ballon, on n’avait pas de mouvement. Lui n’avait pas de proposition en mouvement. Tout le monde était pratiquement statique et ils observaient. Et c’est pour ça qu’il a perdu les six ballons lors des vingt premières minutes. Ils nous ont poussé à dégager. Et quand on dégageait, eux, ils posaient, pour essayer de développer. Trouver des intervalles entre les lignes était difficile. Même des espaces, il n’y en avait pas. Ils ont donc opté pour le pressing à la percussion avec ballon pour provoquer les fautes. Et c’est à partir de ces fautes-là qu’il fallait faire la différence au niveau des stratégies que ce soit les coups francs ou encore les corners. Voilà comment l’entraîneur marocain a analysé le jeu des Lions, a préféré laisser le ballon. Mais nous, on aurait pu faire le dos rond aussi en refusant le ballon et en leur remettant le ballon, pour qu’on garde véritablement du moment où, sur le plan physique, sur le plan physiologique, nous avions déjà laissé les plumes, les garçons n’étaient plus à même d’exploser comme ils l’ont fait dans les deux premiers matchs. Parce que, ayant déjà déboursé une débauche d’énergie de la sorte, la récupération, entre les trois, quatre jours, commençait à peser et les jambes étaient lourdes. Vous n’aviez qu’à voir, lorsque Mbeumo jouait un corner qui n’arrivait plus à traverser le premier poteau. Et donc, c’est un peu comme ça que le coaching se gère. Mais je pense qu’une jeune équipe comme celle que nous avons amenée à cette CAN, il ne fallait pas attendre.

Quelles sont les leçons qu’on peut tirer de cette élimination des Lions Indomptables en quart de finale de la CAN Maroc 2025 ?

C’est comprendre qu’il faut que le Cameroun arrête avec les improvisations. Il faut que le Cameroun arrête avec l’improvisation et les actions des dernières minutes. Il faut beaucoup plus penser à une organisation normale de la chose. Parce que venir changer un staff technique à trois semaines d’un coup d’envoi d’une phase finale d’une compétition de haut niveau, pour moi, est suicidaire. Et sortir tous les joueurs d’expérience, quel que soit le crime, j’ai trouvé ça quand même trop prétentieux. On aurait pu finir cette compétition et changer le staff technique, permettre au nouveau staff technique maintenant de former son ossature, de travailler avec les garçons, aligner les matchs, beaucoup de matchs d’évaluation qu’on appelle les matchs amicaux et mettre les garçons dans la compétitivité afin de développer la cohésion et l’animation qui correspondrait non seulement au système, mais aussi à s’apparenter avec leurs valeurs au niveau de la technique collective. On n’a pas été ridicules, parce que sortir en quart de finales, c’est une valeur. On a mieux fait qu’en 2023. Nous espérons qu’on va laisser ce staff technique travailler pendant tris ou quatre ans et l’évaluer. Il n’y a pas d’excuse à l’équipe A de penser que ce sont des jeunes. Les jeunes sont dans les catégories inférieures. Il y avait toute une panoplie de joueurs qui accompagnaient les autres. Et quand ils se sont essoufflés, on a bien vu que notre équipe était vulnérable

 

Achille Chountsa

Author: Achille Chountsa

Passionné de sports et du travail bien fait

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