Justice : Le droit pour panser les plaies de l’esclavage et du colonialisme

À la suite de la reconnaissance de la colonisation comme crime contre l’humanité par l’Union africaine, le Cercle d’études africaines et de recherche en droit international examine les conséquences socio-historiques afin de définir des réparations justes.

 

C’est une nouvelle qui a réjoui les panafricanistes et les défenseurs des droits de l’homme : l’esclavage et le colonialisme sont désormais reconnus comme des crimes contre l’humanité. Le sommet de l’Union africaine du 15 février 2026 ne s’est pas arrêté là : il a aussi créé la journée du 30 novembre pour honorer tous ceux qui se sont sacrifiés pour notre liberté. Cette reconnaissance s’appuie sur un travail de la Commission de l’Union africaine pour le droit international (CUADI), ayant bénéficié de l’expertise des Pr. Alain Didier Olinga, titulaire de droit public et de droit international, et Sama Bourouba, qui ont réalisé l’étude « Étude relative aux implications de la qualification de la colonisation comme crime contre l’humanité ».

Dans cette dynamique, le Cercle d’études africaines et de recherche en droit international (CEARDI) a lancé ses activités sur le sujet : « Vers la reconnaissance de l’esclavage et de la colonisation comme crimes contre l’humanité par l’Union africaine : portée juridique et implications sociohistoriques pour les États africains ». L’association, dédiée à l’analyse des questions de droit africain et international à travers colloques, conférences et travaux scientifiques, a réuni chercheurs, juristes, historiens, décideurs politiques et acteurs de la société civile, aux côtés d’organisations internationales comme le Comité international de la Croix-Rouge et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Il ne s’est toutefois pas agi de revenir en détail sur les faits du passé ni de se limiter aux regrets. Le CEARDI s’est attaché à analyser les bases juridiques de la reconnaissance de l’esclavage et de la colonisation comme crimes contre l’humanité par l’Union africaine, en explorant notamment les implications de cette qualification et la question des réparations. La réflexion vise également à éclairer les dimensions mémorielles, politiques et symboliques de cette reconnaissance.

Mais pourquoi une telle démarche s’impose aujourd’hui ? Simplement parce que les conséquences de l’esclavage et de la colonisation continuent de peser sur l’Afrique. Loin d’être de simples épisodes du passé, ces phénomènes ont profondément bouleversé les structures sociales et économiques du continent, tout en entraînant un immense pillage des ressources humaines et naturelles.

D’où le complexe d’infériorité…

C’est précisément pour éclairer cette réalité que Armand Leka Essomba, professeur de sociologie et chef du département de sociologie à l’Université de Yaoundé I, replace le débat dans toute sa profondeur sous le thème « Esclavage et colonisation : analyse des conséquences sociohistoriques de leur reconnaissance comme crimes contre l’humanité par l’Union africaine ». D’une voix posée mais ferme, il rappelle d’abord que « lorsqu’on parle de l’esclavage, le concept est trop vaste » et distingue la traite atlantique, ce commerce triangulaire, puis la colonisation, qui ont eu « un très grand impact sur les ressources humaines ». D’un point de vue démographique, explique-t-il, il s’agit d’« une ponction de millions d’êtres humains arrachés à leur terre », morts ou dispersés ailleurs. Mais l’atteinte ne fut pas seulement démographique ou économique. Armand Leka Essomba insiste sur la dimension psychique : « Réduit au rang de marchandise dans un processus de déshumanisation, l’Africain a progressivement intériorisé une perception d’infériorité. »

Cette blessure, conjuguée au désastre économique, a contribué à forger l’image d’un continent perçu comme un « fardeau ». Quant à la question d’éventuels aspects positifs, le sociologue est catégorique : il n’y a pas d’aspects positifs à un crime. Si les rencontres entre peuples produisent des traces et parfois de nouvelles formes de vie, notamment à travers les diasporas africaines qui ont enrichi le patrimoine culturel mondial, cela ne saurait atténuer la nature criminelle des faits historiques en cause. Cette analyse fait écho aux mots de Aimé Césaire dans Discours sur le colonialisme (1950) : « Nul n’esclavagise innocemment, nul non plus n’esclavagise impunément ; une nation qui esclavagise (…) est déjà une civilisation malade. » Une formule forte qui rappelle que l’esclavage et la colonisation ont profondément marqué l’histoire des peuples concernés. Dans le prolongement de cette analyse, Paul Abouna, professeur d’anthropologie à l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC), a abordé la question sous l’angle de la justice mémorielle et des réparations, tandis que Jacques Serges Nguefack, professeur de droit, a analysé le processus de qualification de ces faits historiques dans le cadre du droit international.

Face à ces réalités, plusieurs acteurs de la société civile saluent les initiatives visant à relancer la réflexion sur ces questions. C’est notamment le cas de Cyrille Rolande Bechon, Directrice exécutive de Nouveaux Droits de l’Homme (NDH) Cameroun, qui estime que ce type de débat contribue à remettre la mémoire au cœur des discussions sur la justice historique et les réparations, tout en soulignant que l’Afrique ne pourra avancer sans un consensus sur son histoire commune.

Guillaume Mete

Author: Guillaume Mete

Guillaume Aimée Mete est journaliste au Quotidien Le Jour. Elle est passionnée du journalisme et s’intéresse aux questions liées à la santé et à l’environnement.

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Guillaume Aimée Mete est journaliste au Quotidien Le Jour. Elle est passionnée du journalisme et s’intéresse aux questions liées à la santé et à l’environnement.


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    Guillaume Aimée Mete est journaliste au Quotidien Le Jour. Elle est passionnée du journalisme et s’intéresse aux questions liées à la santé et à l’environnement.