
L’association Bring Back Smile (BBS) mène tout au long du mois de mars des actions de sensibilisation dans les écoles, les quartiers et les marchés, en préparation de la Journée mondiale de l’endométriose du 28 mars. Objectif : informer, encourager le dépistage précoce et briser les idées reçues sur les douleurs menstruelles.
La maladie chronique dont les symptômes incluent notamment des règles douloureuses, des douleurs pelviennes chroniques, l’infertilité, des ballonnements et une fatigue persistante porte un nom : l’endométriose. Pamela, une jeune femme qui en a longtemps souffert, est aujourd’hui volontaire au sein de l’association Bring Back Smile (BBS). Aux côtés de l’organisation, elle s’engage à sensibiliser d’autres jeunes femmes sur cette maladie encore trop méconnue.
Son histoire ? La voici. Le dos voûté, les mains pressées contre le bas-ventre, Pamela se pliait en deux dès que la douleur frappait, lui coupant parfois le souffle. Certaines crises étaient si violentes qu’elle ne pouvait ni se tenir debout ni parler. Très tôt, les premiers signes apparaissent. À 17 ans, les crises deviennent fréquentes et violentes, alors que son entourage pense qu’elle en fait trop. « À chaque fois que je me plaignais, mes proches pensaient que j’exagérais. Ils disaient que ce n’étaient que les règles : “Arrête de faire semblant.” », se souvient-elle.
Malgré l’incompréhension, elle multiplie les consultations : « D’hôpital en hôpital, les réponses se ressemblent : quelques antidouleurs et la phrase classique : « Tout ira mieux après un accouchement. » » Sa famille tente même des remèdes traditionnels et des potions indigènes, sans succès. Pendant près de dix ans, ces douleurs ont rythmé sa vie, et la maladie est restée sans nom.
Diagnostic tardif, donc brutal
En 2019, un gynécologue prescrit enfin une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), un examen qui permet d’obtenir des images très précises de l’intérieur du corps. Le verdict tombe : Pamela souffre d’endométriose. Et la maladie ne se limite pas à l’utérus : les cellules responsables ont migré jusqu’au thorax. Entre 2021 et 2022, les premiers signes passent presque inaperçus. « Je ne pouvais plus dormir normalement, je devais rester assise. Je respirais mal et je ne mangeais presque plus. J’ai commencé à perdre énormément de poids », raconte-t-elle.
Au début, elle pense souffrir d’asthme et utilise de la Ventoline, sans succès. Un médecin généraliste prescrit alors une radiographie des poumons. Le résultat révèle la présence de liquide et l’oriente vers un pneumologue. Le diagnostic tombe : une endométriose thoracique. Du sang s’est accumulé autour de son poumon droit, le comprimant fortement. « Mon poumon droit avait tellement rétréci qu’il avait la taille d’un noyau de mangue », se souvient-elle. En juin et juillet 2025, deux interventions chirurgicales à l’hôpital général de Douala permettent de libérer les organes comprimés dans sa cage thoracique. Aujourd’hui âgée de 27 ans, Pamela reste fragile. Étudiante en gestion logistique et transport, elle a dû interrompre ses études en 2021. « Je suis passée de 64 kg à 43 kg en un an. J’avais perdu l’appétit et mon teint était devenu terne », confie-t-elle. L’histoire de Pamela illustre la réalité de millions de femmes confrontées à une maladie encore mal comprise et souvent diagnostiquée avec un retard moyen de 7 à 10 ans. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’endométriose touche environ 10 % des femmes et des filles en âge de procréer, soit près de 190 millions de personnes à travers le monde.
Informer et prévenir les autres à temps
Le Dr William Derrick Zambo Zambo, médecin en dernière année de spécialisation en gynécologie-obstétrique à l’Université de Yaoundé I et interne des hôpitaux de Paris, apporte un éclairage : « L’endométriose survient lorsque les cellules et tissus qui tapissent normalement la cavité utérine se développent hors de celle-ci, dans les structures avoisinantes ou à distance. Sous l’effet des hormones du cycle menstruel, ces tissus subissent les mêmes variations que l’endomètre. Il en résulte des saignements internes invisibles, des processus inflammatoires chroniques avec des douleurs pelviennes parfois foudroyantes et, dans de nombreux cas, une infertilité. »
C’est pour cette raison que, face à une ignorance qui handicape progressivement, l’association Bring Back Smile (BBS) s’approprie le « Mars Jaune », le mois international de sensibilisation à l’endométriose, le jaune étant la couleur mondiale de ralliement contre cette maladie. L’objectif est de briser le silence là où il s’enracine. À l’approche du 28 mars, Journée mondiale de l’endométriose, l’organisation déploie un dispositif de sensibilisation communautaire. Le programme est stratégique : descentes dans les établissements scolaires pour alerter les adolescentes dès les premières crampes suspectes, causeries éducatives au cœur des quartiers et campagnes d’information dans les marchés.
Pour BBS, l’enjeu est clair : éduquer pour que plus aucune femme ne voie ses rêves s’éteindre sous le poids d’un diagnostic tardif. Pour son président fondateur, Aurélien Nkoa, l’objectif est sans équivoque : « Nous voulons que toutes les femmes et jeunes filles comprennent que des douleurs menstruelles très intenses ne sont pas “normales”. Nous souhaitons les encourager à consulter tôt et à briser le silence autour de cette maladie encore trop méconnue. » Le Dr William Derrick Zambo Zambo renchérit : « La sensibilisation doit dépasser les murs des hôpitaux. Il faut aller dans les quartiers, les écoles et les marchés. Une femme qui souffre ne doit plus banaliser sa douleur. »





