
Le secrétaire exécutif du Cercle d’Études Africaines en Droit International (CEARDI) revient sur les motivations de la conférence consacrée à l’esclavage, à la colonisation et aux réparations, ainsi que sur ses principales conclusions et les perspectives d’action de l’organisation.
C’est autour du thème de l’esclavage, de la colonisation et des réparations que votre centre, le Cercle d’Études Africaines et de Recherche en Droit International (CEARDI), a choisi de lancer ses activités. Pourquoi ?
Ce choix répond à une volonté claire : inscrire l’action du CEARDI dans un débat majeur pour l’Afrique. L’esclavage et la colonisation ne sont pas juste du passé ; ils soulèvent des enjeux de justice historique, mémoire et développement. En lançant ses activités sur ce thème, l’association affirme son identité panafricaine et contribue à une réflexion juridique africaine sur les réparations.
Le droit international africain et la justice historique sont des champs académiques en construction. Le CEARDI entend y participer activement pour faire émerger une doctrine africaine solide. Ce thème relie aussi la réflexion universitaire aux enjeux politiques actuels, plaçant l’association dans un débat impliquant États africains, diasporas et institutions internationales.
L’objectif du CEARDI est d’affirmer son identité panafricaine, contribuer à la réflexion juridique et relier la recherche aux enjeux politiques. Pour cela, l’association mise sur la crédibilité scientifique de ses travaux, produisant analyses et publications sur les grandes questions africaines. Le CEARDI développe des partenariats avec des institutions africaines et prévoit des antennes dans différents pays. À travers la recherche, le débat et la diffusion du savoir, le CEARDI souhaite devenir un espace de réflexion indépendant.
La conférence a été pluridisciplinaire : juristes, acteurs de la société civile, historiens, anthropologues, sociologues… Quelles sont les principales recommandations formulées et quel impact espérez-vous ?
La diversité des profils présents a permis d’aboutir à des recommandations structurantes. Parmi les propositions majeures figure la création d’une Commission africaine pour la vérité historique, chargée de documenter les impacts de l’esclavage et de la colonisation à travers les archives, les témoignages et les recherches scientifiques. Il a également été recommandé d’intégrer ces questions dans les programmes scolaires et universitaires, d’instituer une Journée africaine de mémoire et de réparation, et de renforcer les musées, mémoriaux et centres de recherche panafricains.
Les participants ont aussi évoqué l’élaboration d’un cadre juridique africain sur les réparations, la restitution des biens culturels spoliés et le renforcement des liens avec les diasporas africaines. Si ces recommandations sont suivies, elles pourraient contribuer à renforcer la mémoire collective panafricaine, structurer la position des États africains dans les discussions internationales et encourager des politiques de développement liées à la justice historique.
Après la diffusion du rapport final auprès des institutions africaines, comment comptez-vous assurer le suivi et la mise en œuvre des recommandations formulées lors de cette conférence ?
Le CEARDI entend mettre en place un mécanisme structuré de suivi afin d’éviter que ces recommandations ne restent uniquement théoriques. L’association prévoit notamment la création d’un comité panafricain de suivi chargé d’observer les positions des États africains et de documenter les évolutions diplomatiques et juridiques liées à la question des réparations. Par ailleurs, le CEARDI compte produire des mémorandums juridiques et des analyses destinées à encourager l’adoption d’une position africaine commune au sein des institutions continentales.
L’association souhaite également mobiliser les diasporas africaines afin de porter ce débat dans différentes instances internationales, notamment aux Nations unies, à l’UNESCO ou encore dans les parlements des anciennes puissances coloniales. L’objectif est de faire comprendre que la question des réparations concerne à la fois la justice historique, le développement et la dignité des peuples africains.





